Crisis ? What crisis ?

Avec 0.83 % de croissance annuelle moyenne au cours des 10 dernières années, l’Europe des 25, puis des 28, a fait un peu mieux que le Japon (0,63 %) et moins bien que les Etats-Unis (1,73 %), mais ce qui frappe surtout à la lecture de ces chiffres, c’est la médiocrité globale des performances économiques de tous les géants du monde développé.

Tout se passe comme si le gros rhume bancaire de 2008 avait durablement grippé les marchés, voire les avait plongés dans une sorte de léthargie dont aucun banc politique ne parvenait plus à les arracher …

… A moins, bien sûr, que les prescriptions des uns et des autres ne soient totalement étrangères à la maladie qu’elles prétendent soigner …

  1. LE MIRAGE LUTHERIEN DE L’AUSTERITE

On sait depuis Max Weber à quel point, faute d’avoir créé le capitalisme, le protestantisme a suscité et encouragé le travail, combattu l’oisiveté et considéré l’accumulation de richesses non seulement comme une récompense divine, mais aussi comme une façon d’éviter toute tentation de les dépenser à des futilités qui mènent à l’hôpital, en prison ou en enfer.

C’est avec les mêmes lunettes idéologiques qu’Angela Merkel a analysé les événements financiers de 2008. Aux yeux de cette honnête fille de pasteur, tout problème devait fatalement constituer le châtiment d’une faute : enivrés de dépenses pléthoriques et inutiles, éloignés des vertus du labeur et de l’épargne, les Etats et les particuliers avaient amassé des dettes si monstrueuses qu’elles menaçaient la survie des banques et des nations elles-mêmes.

Il fallait donc les éponger et, par-dessus tout, les expier.

A l’heure où j’écris ces lignes, cette phase de flagellation collective dure depuis plus de dix ans : destruction méthodique de la sécurité sociale, licenciement massif de fonctionnaires, congélation des salaires, immobilisation des grands chantiers, allongement des carrières, politiques migratoires inhumaines, privatisations, augmentation tous azimuts des taxes et impôts pour compenser la réduction de la base imposable que ce genre de saignée produit immanquablement …

Le résultat de l’opération a été brillant (y compris pour Allemagne !) : une croissance inférieure à 1 % par an au cours des 8 dernières années (et négative sur 12 ans !), une dette publique cumulée de 80 % du PIB (alors qu’elle était de 62 % en 2008), des Etats du Sud si étranglés par l’austérité que leur dette est désormais irremboursable (à rebours de l’aveuglement des dirigeants européens, tous les économistes admettent désormais que la dette grecque ne sera jamais honorée et qu’elle ne sert plus qu’à engraisser ses créanciers via des taux usuraires), des Etats (poétiquement appelés PIGS par les requins de la finance) où le chômage des jeunes dépasse 50 % et où c’est par centaines de milliers que des talents de moins de trente ans émigrent vers d’autres pays ou d’autres continents (plus de 500.000 jeunes espagnols ont déjà quitté le navire, contribuant au vieillissement global de leur nation et la privant de ses meilleurs talents). Pire encore, dans le classement 2016 du World Misery Index, la Grèce occupe désormais la 11ème place et l’Espagne la 17ème. Une sacrée carte de visite pour l’Eurozone !

Mais loin de pousser ses instigateurs à l’auto-critique, cette politique désastreuse a été maintenue, voire renforcée avec, en filigrane de cette obstination, la certitude que l’expiation elle-même ne constitue pas le problème, mais plutôt le manque de zèle du pécheur à se l’infliger, ce qui justifie d’en remettre inlassablement une couche budgétaire chaque année et dans chaque pays.

Tout démontre pourtant que Merkel et ses acolytes sont totalement à côté de la question.

En effet, si l’on compare les performances des 18 pays qui font partie de l’euro (et s’en tiennent aux diktats teutons pro-austérité) avec les performances des 10 autres pays de l’Europe des 28, on constate que ces derniers s’en tirent beaucoup mieux : leur taux d’inflation, leur niveau d’investissement et leur taux de croissance sont plus élevés alors que leur taux de chômage et surtout leur dette publique sont bien plus faibles (80 % contre 86 %).

La politique menée depuis douze ans en zone euro relève donc de la pure idéologie et ne repose sur aucun résultat probant.

  1. TAGADA, TAGADA, VOILA LES DALTON …

Tandis que les moyens de 500 millions d’européens ne grandissaient que de 8 % en douze ans, la masse de capitaux accumulés par les milliardaires dans le monde était multipliée par quatre (passant de 2.000 à 8.000 milliards de $), soit une croissance quarante fois supérieure à celle du reste de l’économie …

De quoi se payer des yachts, des jets privés et des chaînes de télé où de pseudo-experts (toujours les mêmes et à la solde des lobbies de leurs patrons) assènent jour et nuit que les citoyens et l’Etat vivent au-dessus de leurs moyens, qu’il est temps de redescendre sur terre, de travailler plus et plus longtemps pour moins d’argent et de protection, de faire la chasse aux parasites, de se débarrasser des syndicats qui ruinent notre compétitivité, etc., etc…

Car voyez-vous, dans ce monde-là, Mesdames et Messieurs, dans ce Brave New World du troisième millénaire, non seulement ce sont les banques privées qui créent la monnaie qu’elles prêtent à l’Etat, non seulement ce sont des agences privées qui lui accordent un rating dont dépendront le montant de ses charges d’intérêt, mais ce sont désormais ces gens qui, dans l’ombre, écrivent les budgets de leurs obligés afin d’assurer la sécurité de leurs placements pour la plus grande gloire de leurs maîtres au demeurant peu nombreux (Oxfam a pu démontrer en janvier 2016 que 62 personnes détiennent à elles seules davantage de moyens que la moitié la plus pauvre de la planète et a montré en 2.020 que 2.153 milliardaires possèdent plus de biens que les 60 % les moins nantis de l’humanité).

Mais la vraie force de frappe de ces hauts gradés, ce sont leurs fidèles lieutenants les millionnaires : selon le Global Wealth Report, il y a dans le monde – en plus des 2.153 milliardaires qui possèdent ensemble 8.000 milliards de dollars – 24 millions de millionnaires qui détiennent conjointement 69.000 milliards de dollars. Sachant que le PIB mondial annuel s’élève à 60.000 milliards de dollars, il est vertigineux de comprendre que ce patrimoine – aux mains de 0,3 % de nos « semblables » ! – dépasse en valeur ce que produit toute l’humanité en une année.

Certes, et pour peu de redevenir un instant protestants, nous pourrions estimer toutes ces fortunes légitimes parce que fruits de la chance, du talent, du travail.

Mais ce serait faire trop d’honneur à ces rentiers.

Car si ces gaillards parviennent à « produire » 300 fois plus d’argent que l’économie réelle, ce n’est ni grâce à une baraka insolente, ni à des talents exceptionnels et moins encore à un travail qui serait autre que celui de leurs armées de juristes et de conseillers patrimoniaux.

Tout se résume de leur part à un culot d’enfer saupoudré de mille ruses et, de notre part, à un laisser-faire proprement suicidaire. Persuadés que toute règlementation nous ramènerait aux affres du goulag et de l’économie planifiée, découragés par la difficulté d’une action commune et planétaire, nous n’avons placé aucune limite sérieuse et internationale à leur appétit de lucre et n’avons que mollement entrepris le colmatage des failles juridiques dans lesquelles ils s’engouffrent joyeusement. Sans lever le petit doigt, nous les avons laissé transformer le monde en casino où ils peuvent gagner sans limite, même quand leurs gains mettent en danger la vie d’autres personnes ou de toute la planète, même quand c’est à titre collectif que nous devons aussi (de plus en plus souvent) éponger leurs pertes (Enron, Lehmann Brothers, Fortis) ou les dégâts collatéraux de leurs activités (marées noires, réchauffement climatique, écocides en tous genres).

La Commission Européenne semble ouvrir peu à peu les yeux sur ce qu’elle ose enfin appeler « le poison des démocraties modernes » et elle chiffre la fraude fiscale dont l’Union Européenne est victime à 2.000 milliards d’euros par an. Cela semble plausible puisque d’autres études estiment la fraude fiscale mondiale à 12.000 milliards d’euros.

Ces sommes (probablement très sous-estimées) sont astronomiques. Pour la seule Europe des 28, elle représente 4.000 euros de manque à gagner par an et par citoyen. Pour le dire autrement et sachant que le PIB 2018 des 28 s’élève à 18.000 milliards d’euros, cette évasion représente 11 % de la richesse que nous produisons chaque année.

Si l’on rapporte ces chiffres presque surréalistes aux exigences de la Commission qui impose aux Etats de ne pas dépasser un déficit de 3 % par an et une dette totale supérieure à 60 % du PIB, on se demande s’il faut rire ou pleurer.

Et combien de temps encore ce grand banditisme en col blanc va dérober chaque année – et en toute légalité – plus d’un dixième des fruits de notre labeur collectif.

  1. LE SILENCE DES AGNEAUX

Selon la Revue l’Economie Politique (Numéro 042), « il existe actuellement entre 45 et 60 paradis fiscaux actifs dans le monde, qui abritent environ 2 millions d’entreprises offshore, appelées IBC (pour « international business companies »), terme utilisé pour désigner un ensemble ahurissant de sociétés, pour la plupart extrêmement opaques, et d’innombrables trusts, fonds d’investissement, fonds spéculatifs et compagnies d’assurances « captives ». Environ 50% des prêts bancaires internationaux et 30% du stock mondial des investissements directs à l’étranger (IDE) sont enregistrés dans ces juridictions. Quelques îles minuscules figurent parmi les plus grands centres financiers: les îles Caïmans, un petit archipel des Caraïbes, territoire britannique, est le cinquième centre financier mondial par la taille des transactions. Dans la liste, figurent également Jersey, Guernesey et l’île de Man, juridictions relevant également de la Couronne britannique, de même que la Suisse, le Luxembourg, l’Irlande ou Singapour. Les riches « globaux » détiendraient environ 12 000 milliards de dollars dans des paradis fiscaux. C’est comme si pratiquement tout le produit intérieur brut (PIB) annuel des Etats-Unis s’y trouvait à l’abri. »

On aurait pu croire que les grands-messes d’après crise (réunions au sommet du G20 sur les paradis fiscaux par exemple) auraient enrayé le phénomène (où l’on remarquera que des pays de l’Union Européenne jouent un rôle plus qu’actif sans que leurs partenaires réagissent le moins du monde), mais il n’en est évidemment rien ! Selon Manon Aubry d’Oxfam, le taux d’imposition moyen des sociétés a diminué de 20 % depuis 2008 tandis que la mondialisation et les fusions-acquisitions conduisaient les multinationales à contrôler désormais 60 % des échanges commerciaux mondiaux.

N’examinons les conséquences de cette situation que sur un pays comme la Belgique. Selon Gilles Quoistiaux du journal Trends, les 500 plus grandes entreprises de Belgique n’ont payé que 5,44 % d’impôts en 2011 et ce en toute légalité. Cela signifie concrètement que, sur les 55 milliards de bénéfices qu’elles ont engrangés grâce au travail et à la consommation de tous, elles n’ont payé que 3 milliards d’impôts, montant très éloigné des 18,7 milliards dont elles se seraient acquittées si elles avaient été taxées au même taux que l’épicier du coin, soit 34 %.

Pendant ce temps, nos gouvernements, ventres à terre pour respecter les sacro-saints 3% de déficit édictés par la fille du pasteur, nouent des bouts de ficelle pathétiques, allongent les carrières, excluent les assistés devenus ennemis publics de la Nation, négligent la sécurité de tous, augmentent le nombre d’élèves par classe, remettent des malades au travail, désinvestissent des transports publics autant que de l’entretien des routes et augmentent massivement les taxes sur la consommation (alcool, carburants) et les impôts sur le travail et la consommation qui atteignent désormais 55 % des revenus des ménages.

Croyant ne pas en faire assez, certains néolibéraux zélés vont même jusqu’à créer des rulings (pudiquement appelés Décisions Anticipées en Matière Fiscale) qui légalisent l’évasion sous le prétexte que des multinationales trop taxées iront s’installer chez un voisin plus accommodant ou dans un pays lointain où les salaires sont ridicules, les règles sociales faibles et les lois environnementales inexistantes.

Rien n’est trop beau pour « attirer les investisseurs » et les conséquences de ces nouveaux rapports de force sont interpelantes même si certaines n’apparaissent pas encore pleinement :

  1. Il est impossible de fonder une économie saine avec deux catégories d’entrepreneurs: des puissants qui paient 5 % d’impôts et des faibles qui en paient 34 % et pour qui réduire cet écart infamant est devenu une obsession (dans un contexte d’inégalité aussi ignoble entre citoyens, le plombier qui n’émet pas de facture est devenu le nouveau Robin des Bois de toute une société légitimement écoeurée).
  2. Le contribuable moyen qui, de son côté, paie plus de 55 % en IPP, TVA, taxes immobilières, droits de succession et autres, est devenu la seule vache à lait de l’Etat, mais comme l’austérité réduit ses moyens, ses impôts et ses dépenses diminuent d’autant, ce que l’autorité essaie de compenser, ad nauseam, par de nouveaux impôts et une nouvelle contraction des services.
  3. Lorsque des masses aussi extraordinaires de profits sont subtilisées par une poignée de brigands, l’Etat aussi bien que les citoyens ne disposent plus que d’un choix : réduire le niveau de vie de tous via des politiques d’austérité où s’endetter de plus en plus pour le maintenir artificiellement un certain temps, ce qui réduit évidemment d’autant la masse des moyens futurs disponibles. Cette paupérisation de nos sociétés (selon l’Observatoire des Inégalités, plus de 20 % des enfants européens vivent désormais en-dessous du seuil de pauvreté) est orchestrée par un petit cercle de puissants et conduit tout naturellement les citoyens les moins bien informés à chercher des boucs-émissaires et à attribuer à certaines catégories de la population la responsabilité de cette dégradation. Des rapports de l’OCDE ont beau démontrer clairement que chaque immigré rapporte plus de 3.500 euros à la collectivité chaque année en Europe, l’extrême-droite raciste fait tranquillement son nid dans des pays comme la France et l’Autriche (plus de 30 % des électeurs) ou a déjà pris le pouvoir dans des pays comme la Pologne, la Hongrie ou la République Tchèque, poussant l’Union Européenne à manger sa signature de la Convention de Genève et à sous-traiter l’accueil des migrants syriens à la dictature islamo-fasciste d’Erdogan.
  4. Le phénomène de la mondialisation de l’économie, de la digitalisation des services financiers qui font circuler l’argent autour du globe à la vitesse de la lumière, est assez récent et il est logique que nous ne prenions conscience qu’avec un temps de retard de toutes les possibilités que ces moyens offrent à ceux qui veulent s’enrichir non seulement en contournant les règles du système, mais aussi en en prenant peu à peu les commandes (on se souvient comment, en quelques heures, en 1992, George Soros a failli ruiner l’économie britannique sans jamais être puni pour cet acte qui prenait pourtant des millions de personnes en otage et lui rapportait des milliards de dollars de plus-values). L’étape suivante sera la nécessité d’une gouvernance économique mondiale pour contrecarrer leurs plans (OCDE + FMI + G20) et le devoir de consommer autrement (les multinationales ne sont puissantes que parce que nous consentons à acheter massivement leurs produits). Sans une gouvernance dotée de pouvoirs juridiques universels et de moyens de rétorsion puissants envers les contrevenants et sans le développement de circuits économiques locaux, verts, durables et équitables, nous resterons des moutons enfermés dans un pré qui ne nous appartient plus et où l’herbe sera chaque jour plus jaune et plus rare

4. SOYONS CREATIFS !

Une étude du New-York times (octobre 2014) montre qu’entre 1947 et 1979 la productivité aux USA à augmenté de 119 % et les salaires de 100 % (il y avait déjà des syndicalistes à l’époque pour se plaindre ce cette différence conséquente : 19 % de profits évaporés au moment de payer les salaires, ce n’est pas rien comme pactole dans la poche du patron !). Par contre, entre 1980 et 2014, la productivité a augmenté de 80 % tandis que les salaires n’augmentaient que de 8 %.

Ce soudain rapport de 1 à 10 montre tout simplement que la notion de travail a été totalement décorrélée au cours des 30 dernières années de la notion de productivité et donc de profit : désormais, ce sont surtout des machines qui assurent la production et les progrès technologiques en assurent la croissance, ce qui a des conséquences énormes sur la structure économique de l’ensemble :

  1. Les emplois industriels ont presque entièrement disparu des pays développés et ont été remplacés par des emplois dans le tiers monde parfois cent fois moins chers que sous nos cieux.
  2. Le chômage de masse qui en résulte décourage chez les travailleurs européens ou américains toute velléité d’exiger des augmentations de salaire.
  3. La miniaturisation et l’efficacité de machines toujours plus performantes et moins chères, la robotisation de multiples tâches jadis assurées par les travailleurs les moins formés les condamnent aujourd’hui à être exclus du salariat et peut-être bientôt de toute allocation de survie.
  4. L’évasion fiscale multinationalisée, les participations croisées y compris à travers des sociétés écrans constituent l’autre mamelle du profit et ne nécessitent de payer que quelques (excellents) salaires à de brillants avocats fiscalistes.
  5. Les grandes entreprises n’ayant plus besoin d’une main d’œuvre abondante pour fonctionner, pourquoi entretiendraient-elles encore des relations étroites et collaboratives avec des villes, des régions ou des peuples ? Pourquoi surtout pousseraient-elles l’amabilité jusqu’à construire à tel peuple plutôt qu’à tel autre des routes, des écoles, des commissariats, des musées et pourquoi surtout y consacreraient-elles vingt, trente ou quarante pourcents de leurs profits ?

Le problème ne sera probablement résolu que par la suppression de tout impôt sur les bénéfices ou sur le revenu et par l’instauration d’une taxe universelle de x % sur tout objet produit et tout service presté (avec une diminution ou une augmentation de la taxe en fonction des nuisances occasionnées et du CO2 émis), le montant perçu étant versé, en plus de y % de TVA payés par le consommateur, à l’Etat où l’objet/le service est finalement commercialisé.

L’idée d’une taxe universelle sur les transactions financières n’est pas moins prometteuse. D’après les calculs de l’économiste Marc Chesney, une ponction de 0.2 % sur le montant de chaque transaction pourrait rapporter davantage aux Etats occidentaux que tous les impôts actuellement d’application (et dont la perception – on l’a vu – se révèle fort injuste et fort aléatoire).

5. LE MYTHE DE LA CROISSANCE

Lorsque l’on compare les indices d’IDH (Indice de Développement Humain) avec les indices de PIB, on constate le même type de décorrélation (ce qui est d’autant plus curieux que le PIB est une des composantes de l’IDH).

C’est ainsi qu’entre 2005 et 2015, l’IDH du Canada est passé de 0.96 à 0.91, celui de l’Allemagne de 0.94 à 0,91, celui des USA de 0.095 à 0,91 et celui de la France de 0.95 à 0.88 tandis que, pour la première fois en deux siècles, l’espérance moyenne de vie reculait en Grande-Bretagne et aux USA.

Pour le dire autrement, dans ces quatre grands pays développés, le bien-être a reculé de 5,2 % au cours des 10 dernières années alors que la croissance économique y était de plus de 10 %, ce qui appelle sans doute aussi quelques autres réflexions.

  1. Une croissance économique qui ne sert plus à augmenter le niveau de bien-être des peuples est une croissance qui ne sert à rien à part à épuiser plus vite encore les ressources naturelles de la planète et à enrichir davantage une poignée de hors-nos-lois.
  2. S’il n’existe plus aucune corrélation entre la croissance économique et l’augmentation du niveau de vie des citoyens, c’est effectivement parce qu’une autre corrélation s’est mise en place : les investissements publics en matière de santé et d’éducation chutent proportionnellement à la croissance phénoménale et illicite des fortunes privées.
  3. Mesurer la croissance économique sans mesurer également le taux de répartition équitable des richesses revient à déclarer que le Niger est une grande puissance nucléaire sous prétexte que son sous-sol est riche en uranium.

6. L’AFFAIBLISSEMENT PROGRAMME DES ETATS

Rien ne déplaît plus aux Dalton que l’Etat, ses règles, ses juges, ses amendes et ses prisons.

Discréditer l’Etat, l’affaiblir et de détruire, c’est s’assurer à coup sûr fortune et impunité.

D’où l’extrême motivation ultra-riches à le combattre dans l’espoir de substituer définitivement leurs règles aux siennes.

Il est fort instructif, par exemple, d’observer le cadre légal du Quantitative Easing décidé par la BCE en janvier 2015 et censé relancer l’économie de l’Eurozone.

Plus de 60 milliards d’euros sont créés chaque mois ex-nihilo par la Banque de Francfort en vue du rachat d’obligations tous azimuts mais, évidemment, cette manne céleste doit respecter les Traités : si la BCE achète de la dette souveraine sur le marché secondaire (ce qui contribue effectivement à faire baisser les taux auxquels certains Etats en difficulté se refinancent), elle ne peut accumuler plus de 30 % de la dette totale d’un pays et elle ne peut en aucun cas financer ses nouveaux déficits. Par contre, il n’y a aucune limite au financement du secteur privé via cet argent public, notamment en ce qui concerne des banques grecques, italiennes et portugaises au bord de la faillite (et qui, sans cela, seraient de toute manière renflouées d’une façon ou d’une autre par le contribuable européen).

Cette politique (dont personne n’a encore pu démontrer la moindre efficacité sur la relance de la croissance globale et qui, à la fin de l’année 2018 avait déjà coûté la bagatelle de 2.600 milliards d’euros) est significative de l’idéologie désormais dominante :

  1. Le moteur de l’économie c’est le secteur privé. C’est de lui que provient la concurrence, source de toute innovation et donc de tout progrès et de tout profit. L’Etat lui, ne serait qu’un gouffre sans fond occupé à gaver des malades, des assistés, des retraités, des immigrés fainéants, des fonctionnaires en surnombre et des politiciens corrompus à coups de déficits et de dettes qui mettent en danger la prospérité des générations futures.
  2. La mission régalienne des Etats de battre monnaie (car créer 60 milliards d’euros par mois, c’est bien battre monnaie !) a désormais été abolie et confiée à une super banque privée au service des autres banques privées.

7. DEMAIN

Dans les économies développées, la part de l’Etat dans le PIB est supérieure à 45 %.

La réduire au profit d’un secteur privé dont les profits sont systématiquement extorqués par quelques uns et générés par des machines, c’est favoriser deux fois le capital stérile au détriment du travail et du développement des peuples comme l’a parfaitement démontré Joseph Stiglitz.

Tout indique d’ailleurs que l’Etat, qui consomme beaucoup de tarmac, d’ampoules électriques, d’énergie, de papier, de craies, de tableaux, d’ordinateurs, d’armes, de béton, de camions et de voitures est l’allié objectif du secteur privé qui fournit la totalité de ces biens, sauf si le brigandage de quelques uns vient fausser le jeu …

Les politiques d’austérité publique et de dérégulation privée (qui consomment une sorte de divorce définitif entre l’état et le privé), n’ont mené jusqu’ici qu’à un appauvrissement constant des citoyens, la crainte de perdre le peu qu’ils ont encore les forçant à la résignation d’obéir à des politiques absurdes et contre-productives.

Le mot « crise » vient du grec « krinein » qui signifie « juger », « choisir » et « décider ». Il est lui-même issu de l’indo-européen « krei » qui signifie « tamiser », « passer au crible ».

Toute crise nous invite donc à nous informer, à trier, puis à choisir et à décider.

Il me semble que, lors de nos choix futurs en tant qu’électeurs, producteurs et consommateurs, nous ne pourrons plus faire l’économie de réponses précises à des questions très concrètes.

Car ce que nous traversons n’est pas une simple crise conjoncturelle.

Ce n’est pas non plus une crise structurelle que nous résoudrons en modifiant quelques paramètres ou en tripatouillant quelques variables.

Les maux que nous devons soigner sont plus profonds et extrêmement urgents !

Dans un monde où nous sommes désormais plus de sept milliards dont cinq sont privés de tout, dans un monde où les ressources naturelles s’épuisent et où les mers et les forêts s’abîment irrémédiablement, dans un monde où 0.3 % des habitants possèdent ce que l’ensemble des autres produit en une année, dans un monde dominé par la finance aveugle et les machines, dans un monde où la croissance ne produit plus de bien-être et où les inégalités n’ont jamais été aussi criantes et destructrices du lien social, les vieilles recettes ne marchent plus et c’est à nous, citoyens, producteurs et consommateurs de créer de nouveaux modèles de société plus réalistes parce que plus durables, plus justes et plus humains.

C’est la survie de nos démocraties et de la planète elle-même qui sont en jeu.

Benoit Lhoest

Sources :

http://www.economiematin.fr/news-union-europeenne-pays-membres-zone-euro

http://classiques.uqac.ca/classiques/Weber/ethique_protestante/Ethique.html

http://www.lalibre.be/debats/opinions/il-est-urgent-de-depouiller-la-dette-grecque-une-fois-pour-toutes-55a3cd153570c68585539a4d

http://www.rfi.fr/fr/emission/20190613-macedoine-nord-exode-jeunes-irlande-espagne-portugal-france-racines-colere

http://www.lemonde.fr/evasion-fiscale/article/2013/10/09/la-fraude-fiscale-coute-2000-milliards-d-euros-par-an-a-l-europe_3492352_4862750.html

http://www.jemproductions.fr/cinema/les-nouveaux-chiens-de-garde/#vid

http://www.eurodad.org/

http://trends.levif.be/economie/entreprises/nos-500-plus-grandes-entreprises-ne-paient-que-5-44-d-impots/article-normal-209019.html

http://www.humanite.fr/monique-pincon-charlot-et-michel-pincon-les-paradis-fiscaux-creation-de-la-classe-dominante-583605

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/05/26/31001-20160526ARTFIG00104-l-union-europeenne-assume-la-loi-el-khomri-c-est-elle.php

http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/plus-les-riches-sont-riches-moins-la-croissance-est-forte-c-est-le-fmi-qui-le-dit_1690009.html

http://internetactu.blog.lemonde.fr/2015/10/17/faut-il-prendre-leffondrement-au-serieux/

http://www.bloomberg.com/news/articles/2016-02-04/these-are-the-world-s-most-miserable-economies

http://www.lalibre.be/economie/actualite/il-faudrait-3-ans-pour-venir-a-bout-de-l-evasion-fiscale-571a2d8135702a22d6a14ead

https://www.levif.be/actualite/belgique/dette-publique-la-grande-imposture/article-opinion-1220287.html

http://www.lalibre.be/actu/international/barroso-en-contact-etroit-avec-goldman-sachs-durant-son-mandat-a-bruxelles-57e6ad13cd706759d533f622

https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/politiques-economiques/theories-economiques/politique-monetaire/l-assouplissement-quantitatif/une-succession-de-quantitative-easing-dans-les-economies-developpees/

http://www.laviedesidees.fr/Un-siecle-d-evasion-fiscale.html

http://geopolis.francetvinfo.fr/l-euro-n-est-pas-viable-a-long-terme-selon-l-institut-jacques-delors-119735

http://www.cadtm.org/Grece-Les-banques-sont-a-l-origine

http://plus.lesoir.be/162268/article/2018-06-13/500-milliards-deroutes-vers-les-paradis-fiscaux

https://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/01/22/20002-20180122ARTFIG00140-plus-de-80-de-la-richesse-mondiale-va-au-1-les-plus-riches.php

https://www.rtbf.be/info/economie/detail_2153-milliardaires-detiennent-plus-d-argent-que-60-de-l-humanite-selon-oxfam?id=10411475

https://www.capital.fr/economie-politique/les-milliardaires-sont-de-plus-en-plus-riches-1313185

https://www.letemps.ch/economie/une-taxe-transactions-financieres-pourrait-remplacer-impots-actuels

Black isn’t beautiful …

Le titre « Black Friday » du Corriere dello Sport ne s’est pas borné à souiller récemment la une d’un journal sportif péninsulaire.

Il est passé en boucle dans les médias mainstream planétaires, tout comme l’image du lendemain où les deux joueurs concernés sont sortis de la polémique par le haut par la grâce d’une fraternelle accolade sous les lentilles attendries des caméras déjà en mode confiseurs.

Il a suscité sa part d’indignation, mais aussi ses habituelles manifestations de candeur bonhomme : ne peut-on décidément plus blaguer ou taquiner des gens que, par ailleurs, on apprécie ? Faudra-t-il désormais surveiller tout ce qu’on dit avant d’en arriver à censurer tout ce qu’on pense pour ne pas choquer ceux qui voient le mal partout ?

Dans cette ambiance pesante, même Fouettard en vient à trembler pour son job  et les chars du carnaval d’Alost risquent d’être bientôt remisés au hangar de la bien-pensance généralisée.

Mais laissons là ces vieux cris d’orfraie et revenons crûment à nos noirs moutons …

Moi qui vis avec deux africains, je peux d’abord vous assurer qu’ils ne sont pas noirs, mais bruns (plus ou moins clairs selon la saison).

De la même façon, les quelques rares fois où je me suis vu tout blanc dans une glace ne font pas partie de mes meilleurs souvenirs. Dans mon état normal,  je suis plutôt rosé et, en été, je tire sur le rouge, puis sur l’orange pâle.

J’ai lu, d’autre part, que le journal plaidait le clin d’œil innocent, encouragé par une coïncidence de dates et ne comprenait vraiment pas en quoi le mot « black » pouvait être considéré comme péjoratif.

Figurez-vous que je le crois sincère … sans conclure pour autant à son innocence …

Car on ne sait que trop bien, depuis le bon Sigmund, que considérer les gens comme absolument sincères (et donc prêter une attention bienveillante à leurs propos) n’empêche pas de savoir qu’ils n’en mentent pas moins très souvent comme des arracheurs de dents à propos d’eux-mêmes et de leurs relations aux autres.

Pour le dire autrement : si ces journalistes sont certainement sincères dans leurs dénégations, ce sont aussi des spécialistes pointus du sport le plus populaire d’Europe  et ils usent depuis de longues années leurs fonds de culottes dans les stades.

Ils connaissent donc mieux que personne les jets de bananes, les cris de singes et autres innocents divertissements d’une partie des supporters.

Comme tous les autres citoyens italiens, ils ont vu, à la télévision, en 2017, un jeune gambien se jeter dans la lagune vénitienne et s’y noyer devant une foule hilare ou certains filmaient  la scène et applaudissaient sincèrement l’acteur dans l’exercice de son dernier rôle.

L’été dernier, ils ont vu Salvini laisser pourrir des basanés en mer sur des bateaux de sauvetage pendant des semaines …

Ils savent donc très bien ce que signifie attirer pour la énième fois l’attention du monde non sur le jeu, les actions, les paroles ou le vécu des personnes dont ils publient les photos, mais sur la couleur de leur peau si propice à des jeux de mots désopilants  au gré d’heureuses coïncidences commerciales.

Ils savent aussi fort bien que cela n’est socialement acceptable que si ladite couleur  décline ses nuances du hêtre clair à l’ébène foncé, mais ne concerne jamais aucune des autres teintes de l’arc-en-ciel.

Car enfin, ce genre de fixation suspecte sur l’Afrique subsaharienne crève les yeux jusqu’au nerf optique !

Imagine-t-on vraiment le journal l’Equipe, un soir de juin 2.020 où une japonaise et un chinois viendraient de soulever les coupes, nous sortir un « Dimanche jaune à la Porte d’Auteuil ! » en première page ?

Ca tomberait un peu à plat, non ?

Ah la sincérité !

Ah l’innocence !

Ah le choc des photos et le poids des mots !

A ce propos, revenons d’ailleurs, par le plus court chemin, au mot « black » lui-même qu’utilisent désormais presque tous les francophones pour désigner l’africain comme si le mot « noir » était devenu trop sale ou trop chargé d’une Histoire dont les uns eurent/ont à souffrir et qui suscite une sourde honte chez les autres …  

Alors qu’il n’est que pure traduction vers une langue étrangère, il en est venu à servir d’euphémisme à tel point que bruns clairs et bruns foncés ont préféré l’adopter eux aussi pour se désigner eux-mêmes, ce qui – on en conviendra – constitue le comble du naufrage !

Quoi d’étonnant dès lors que les publicités de la plupart des revues féminines africaines (Amina, Afrique Femmes, …) soient truffées de teintures blondes, de lentilles de contact censées rendre les yeux bleus et surtout de crèmes en tous genres destinées à « éclaircir le teint » ? Serait-ce que devenir chaque jour un peu moins « black » constituerait une promesse d’ascension sociale ou serve à conjurer une fois pour toutes la malédiction de Cham (comme le tenta désespérément toute sa vie le plus connu des Jackson Five) ?

Quoi d’étonnant que mon fils lui-même, du haut de ses six ans, me confie régulièrement son désir de « devenir blanc comme papa » ? Dois-je juste trouver cela touchant ou relire une fois encore le Docteur Freud et me rassurer à bon compte en imaginant qu’il tente seulement de s’identifier à son paternel comme tous les petits garçons de son âge ? Ou dois-je aussi comprendre que, si jeune, il a déjà confusément capté que la vie serait plus simple pour lui si la nature, à sa naissance, avait un peu moins forcé sur la mélanine ou l’avait rendu moins sensible aux regards et aux commentaires des autres (le petit allemand qui ne voulait pas jouer avec lui à Palma parce qu’il le trouvait sale, les petits flamands qui l’ont traité de sale nègre à la plaine de jeu de Tongres, le grand-père flamand qui lui a conseillé, à Ostende, de rentrer « dans son pays »).

Je me souviens particulièrement ces jours-ci d’une interview de Miles Davis, alors au sommet de sa gloire, à qui un journaliste demandait s’il lui restait un rêve particulier à réaliser. Sans hésiter une seconde, de sa voix un peu cassée et lasse, Miles lui répondit : « Devenir blanc pour qu’on ne s’intéresse plus qu’à ma musique ».

Il faut dire que, quelques années plus tôt, le 25 août 1959, deux policiers blancs lui avaient ouvert le crâne sans raison à la sortie du Birdland … où il venait de jouer Kind of Blue et de faire un triomphe.

C’était à Broadway, au cœur de la ville la plus ouverte et la plus cosmopolite d’une nation d’immigrants …

Bientôt allaient y naître des mouvements de protestation, dont le célèbre « Black is beautiful », étonnante affirmation censée combattre l’idée que les afro-américains auraient été moins attirants, moins élégants ou moins désirables que les autres citoyens du pays.

Comme si attirer soi-même l’attention sur sa couleur de peau pouvait la réhabiliter enfin ou comme s’il suffisait de se sentir beau pour être ensuite perçu comme tel par les autres et y trouver l’énergie de s’émanciper socialement. Comme s’il suffisait enfin aux victimes de se débattre dans le piège des apparences physiques pour s’en libérer.

In fact, black isn’t beautiful … and neither is white … or pink, or brown, or yellow …

Au-delà des goûts et des couleurs (celle des yeux, de la peau, des cheveux) il n’existe plus sur terre, depuis environ 30.000 ans, qu’une seule espèce de gens beaux, laids, maigres, gros, amusants, ennuyeux, clairs ou foncés, mais unis par un ADN commun et un berceau commun : le continent africain.

Sapiens sapiens, éternel migrant, nous salue bien depuis là-bas et le fin fond des âges tandis que lui reste à mériter, sur ce sujet comme sur tant d’autres, cette double dénomination extrêmement flatteuse et optimiste qu’il s’est attribuée à lui-même.

PISA m’a tuer !

Le traumatisme de son déclin industriel et son soudain statut de région sinistrée ont installé depuis plus de cinquante ans dans l’esprit des wallons un sentiment durable d’angoisse et de nostalgie mêlées.

C’est sans doute ce ressenti collectif complexe qui a poussé, depuis la fin des années 60, les élus francophones de Belgique à empiler des réformes pédagogiques radicales, ambitieuses et avant-gardistes, censées ramener le nageur à la surface, voire l’y maintenir ensuite en autonomie.

On se souvient évidemment du très coûteux « enseignement rénové » abandonné dans un dégoût collectif impressionnant, de la pédagogie fonctionnelle, de la pédagogie par centres d’intérêts, de la pédagogie par projets et de mille autres expérimentations visant à dévaloriser toute transmission directe des savoirs et à faire de « l’apprenant l’acteur de sa propre formation » (sans jamais se demander s’il en a envie ou, le cas échéant, ce qui pourrait lui instiller cette soudaine vocation).

On se souvient aussi (par la force des choses !) de la Réforme de la Pédagogie par les Compétences imposée en 1997 dans le cadre du Décret Mission à tous les réseaux d’enseignement dans un louable souci de rénovation et d’égalitarisme.

  1. Laurette et le pot au lait

Globalement , il s’agissait de mettre l’école au service de la société et de l’économie en définissant des socles de compétences à atteindre dans chaque matière, des familles de tâches pour y parvenir, des grilles d’évaluation pour les mesurer et une méthode unique pour se donner l’illusion d’objectiver le tout sous la bannière de La Vérité désormais Incontestable.

Chaque enseignant se voyait invité de façon pressante à faire partir chaque leçon de « situations problèmes réalistes, complexes et inédites » et de n’évaluer que la façon dont l’apprenant – transformé par magie en brillant autodidacte ! – mobilise des ressources pour les résoudre.

Le miracle allait suivre …

Car qui dit compétence dit compétitivité, qui dit compétitivité dit croissance et qui dit croissance dit bonheur collectif, progrès, développement.

Vingt-deux ans plus tard le résultat  force le respect …

  1. « Rien n’est plus dangereux qu’une idée quand on n’a qu’une idée (Alain)»

Le plus dérangeant de cette réforme n’est évidemment pas l’objectif de rendre l’enseignement plus concret (résoudre des problèmes) et l’étudiant plus actif (mobiliser des savoirs et des stratégies pour les résoudre), mais bien l’obligation de ne faire que cela en classe à longueur d’année et dans tous les cours.

Ce n’est d’ailleurs pas moi, petit soldat insignifiant qui dénonce cette hérésie monophysite, mais l’un des plus grands généraux d’Europe en matière de pédagogie, à savoir Marcel Crahay.  A propos de la doctrine elle-même, il écrit en 2006, avec neuf ans de recul  : « Au nom du constructivisme piagétien, il importe de démonter la nouvelle doxa des compétences méta-disciplinaires (…) Le statut scientifique du concept de compétences est incertain. Les emprunts opérés par différents auteurs aux diverses théories psychologiques pour le légitimer ne sont pas pleinement convaincants. Nous lui reconnaissons un seul mérite : celui d’avoir remis au-devant de la scène pédagogique la problématique de la mobilisation des ressources cognitives en situation de résolution de problèmes. Vrai problème auquel le concept de compétence apporte, selon nous, une mauvaise réponse» [Crahay 2006].

Et à propos de la notion d’output « inédit et complexe », il ajoute : « Dans la vie courante, nous sommes le plus souvent – et fort heureusement pour nous – tenus de gérer des situations coutumières. À nouveau, ceci ne signifie pas que le monde est immuable, mais que la variabilité des situations exige seulement des micro-adaptations de nos schèmes pratiques et/ou conceptuels. Certes, il nous arrive de devoir affronter des situations extrêmes (crise, accident, deuil, conflit, violence, etc.), mais – comme le remarque avec pertinence Perrenoud (1997) – ces situations « sortent par définition de l’ordinaire et ne se reproduisent pas nécessairement. On ne comprend dès lors pas pourquoi l’évaluation des compétences devrait se concentrer sur les situations à la fois complexes et inédites pour l’individu. Pourquoi faire de l’exceptionnel la norme de la vraie compétence ? Pourquoi évaluer les élèves dans des situations qui ne se reproduiront pas nécessairement ? Pareille exigence nous paraît injustifiée (…).En milieu professionnel, la gestion des événements réguliers a son importance. À y réfléchir simplement, la standardisation des procédures a sa pertinence et sa noblesse. Elle relève – pour partie, au moins – de la volonté de l’homme de réduire l’incertitude, l’aléatoire et l’accidentel dans l’exécution des tâches. On peut même avancer que la standardisation des procédures ou opérations professionnelles est d’autant plus pertinente que la tâche est périlleuse. Une intervention chirurgicale est affaire délicate et le patient a intérêt à ce que les actes du chirurgien soient aussi automatisés et routinisés que possible. De même, le voyageur a gagné en sécurité avec la standardisation de l’activité de pilotage des avions. Certes, le chirurgien comme le pilote d’avion doivent pouvoir faire face à l’exceptionnel, mais ils doivent d’abord apprendre à gérer les situations régulières. L’un n’est pas moins nécessaire que l’autre.» [Crahay 2006]

  1. La boîte de Pandore juridique.

Les dangers de cette fixation obsessionnelle n’ont évidemment pas échappé au Pouvoir Judiciaire qui, depuis les origines, ne cesse d’en questionner la légitimité.

Effectivement, la liberté des méthodes pédagogiques est reconnue non seulement aux établissements libres, mais également aux établissements officiels organisés par d’autres personnes publiques que la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les travaux préparatoires de la révision de l’article 24 de la Constitution en 1988 le rappellent explicitement.

C’est d’ailleurs aussi ce qu’assène le célèbre article 6 du Pacte Scolaire qui n’a jamais été abrogé depuis 1959 et qui stipule que « Chaque pouvoir organisateur est libre en matière de méthodes pédagogiques » (notez qu’il ne parle pas de Réseaux, mais de Pouvoirs Organisateurs !).

Quant à l’apprentissage par compétences lui-même, il a été attaqué devant la Cour Constitutionnelle qui, dans le célèbre arrêt 49/2001 du 18 avril 2001, a estimé que les socles sont « à ce point vastes et détaillés qu’ils ne peuvent raisonnablement être considérés comme des objectifs minimaux, de sorte que ces objectifs ne laissent pas suffisamment de latitude pour pouvoir réaliser les objectifs d’un projet pédagogique propre. Il est ainsi porté atteinte à la liberté d’enseignement »

Ce qui ne dit rien d’autre que ce que rappelle le Conseil d’Etat lui-même qui, dans des avis divers (n° 25.290/9 du 25 septembre 1996, p. 16, Doc. Parl. Sénat, 2000-2001, n°12/5, avis de la section de législation du Conseil d’Etat n°30.462/2, p. 10 et 11, Doc., P.R.W., 2002-2003, n°523/1, avis de la section de législation du Conseil d’Etat n°34.403/2, p.48.) réaffirme « qu’il ne peut être admis, au regard du principe de la liberté d’association, que, fût-ce sous le couvert de conditions d’agrément ou d’octroi de subventions, l’autorité publique en vienne à fixer des règles affectant profondément l’existence, l’organisation et le fonctionnement d’associations de droit privé ou à imposer aux activités de ces associations des contraintes telles que celles-ci, parce qu’elles n’auraient d’autre choix que de devenir de simples exécutantes de la politique décidée par l’autorité, seraient dénaturées dans leur essence même.»

  1. Une usine à échecs et à inégalités

Ce n’est pas la moindre des raisons de rester modestes après 22 ans de cette gigantesque escroquerie intellectuelle : cette pratique pédagogique a contribué à creuser les inégalités entre filières d’apprentissage, ce qu’a démontré brillamment Nico Hirtt dans une conférence donnée le 29 janvier 2014 à Nancy. Alors qu’elles restaient contenues dans la moyenne européenne il y a vingt ans, elles occupent aujourd’hui le haut du tableau, la Wallonie et la France se partageant ces tristes lauriers.

En ce qui concerne l’ensemble des résultats, ce n’est pas plus brillant.

En effet, si en 1970, la performance de la Wallonie et de la Flandre étaient sensiblement égales lors des tests internationaux, 45 ans plus tard, la Flandre se situe dans le peloton de tête (avec les pays asiatiques où l’enseignement classique des savoirs reste central) tandis que la Wallonie est en queue du groupe des lâchés à plus de 50 points de ses voisins du Nord.

Ce n’est pourtant pas que le niveau d’exigence y paraisse faible (un élève sur deux y est en retard d’au moins un an !) ou que les conditions socio-économiques soient désastreuses (le PIB par habitant côté francophone n’est que de 6 % inférieur à celui de la Flandre) , mais parce que les méthodes employées ne permettent pas de l’atteindre et génèrent précisément l’échec massif qu’elles étaient censées combattre.

40 ans après l’apparition du Rénové et 22 ans après l’adoption de la Pédagogie par Compétences, le taux de redoublement en Flandre (qui n’a adopté ni l’un ni l’autre) est de 27 % tandis qu’il est de 49 % en FWB (élèves ayant au moins un an de retard au moment d’obtenir leur diplôme du secondaire).

Pire : les élèves de l’enseignement technique flamand réussissent mieux les tests PISA que nos élèves de l’enseignement général …

Si l’on ajoute à cela que le taux d’échec dans le Supérieur francophone est passé de 55 % en 2004 à 64 % en 2010 (+ 16 %) et qu’il était de 87 % en 2014 au test préalable aux études de médecine, on mesure encore mieux à quel point ces « pratiques qui font sens » ont été coûteuses en moyens … et en vies humaines.

  1. I’m a poor lonesome cowboy …

Mais il est d’autant plus aisé pour l’autruche de garder la tête dans le sable qu’aucune Enquête Internationale ne vient démontrer que la Pédagogie par les Compétences en serait la raison.

Et pour cause !

Aucune nation n’a jamais adopté cette idéologie jusqu’à présent. Les seuls apprentis-sorciers ont été  la Suisse Romande (qui l’a abandonnée en 2006 suite à une votation où 75 % des électeurs l’ont rejetée) et le Québec (qui suite à un tollé général des enseignants et des parents a conservé les compétences comme objectifs généraux tout en rendant aux savoirs la place qu’ils n’auraient jamais dû y perdre et surtout en encourageant la diversification des méthodes et l’évaluation constante de leur efficacité).

Véritable Corée du Nord de la pédagogie, la FWB se trouve donc en 2019 dans la situation de seule région de la planète où cette idéologie – préservée miraculeusement de l’extinction -, est présentée  à tout un peuple comme la panacée en matière de formation (sans aucune preuve qu’elle fonctionne et malgré de nombreux indices que ce n’est pas le cas).

  1. Le blues du prof de langue

En tant que professeur de langue étrangère depuis presque trente ans, je perçois d’autres obstacles au succès de la mise en œuvre de cette réforme.

Le premier, assez paradoxal, réside dans le fait que cet apprentissage par situations problèmes-solutions finit par engendrer une routine peu propice à soutenir l’intérêt des apprenants, ce qui est plus particulièrement vrai dans le cas d’un public d’adolescents dont l’attention (et donc la motivation) dépend de la variété des contenus, des thèmes, mais aussi des méthodes et des activités. Les acteurs de l’apprentissage en arrivent vite à une situation où des tâches imaginées pour être de plus en plus complexes et inédites deviennent, in fine, de plus en plus barbantes.

Le second naît du caractère parfaitement artificiel de la contextualisation elle-même. Alors qu’il semble possible sans trop tirer Méduse par les cheveux, de fabriquer du savon au cours de chimie ou de calculer, en mathématiques, la probabilité d’attraper la grippe au cours des deux prochaines années, il faut un effort d’imagination dantesque pour se transporter à 27 dans une rue de Madrid, entre le cours de géo et le cours de gym, et d’y faire virtuellement des emplettes en vue de réaliser une recette de cuisine …

Le troisième naît du caractère intellectuellement appauvrissant de la systématisation outrancière de cette pratique. Chacun sait que l’apprentissage et la connaissance d’une langue (qu’elle soit maternelle ou non) ne s’incarnent pas uniquement dans la résolution de problèmes à valeur socio-économique. La langue sert aussi à parler de soi-même, de ses émotions, de ses projets, de ses craintes, de ses rêves. La langue sert à s’informer via des journaux, des documentaires ou des revues. La langue sert à marquer du respect, de l’amitié ou de la désapprobation à autrui. Elle sert à séduire et à chérir. La langue sert à comprendre le monde et à construire des avis sur les événements politiques, sociaux et culturels qui le traversent. La langue sert à lire des livres, à regarder des films, à découvrir des pays lointains et leurs habitants.  Ce sont d’ailleurs tous ces aspects qui distinguent une formation purement technique et directement qualifiante d’un cursus que, jadis, avant les fulgurants progrès de l’utilitarisme néolibéral désincarné, on appelait Humanités.

Le quatrième naît de la profonde inadéquation entre cette méthode et les attentes des apprenants, particulièrement dans l’enseignement de transition.  L’adolescent comprend bien qu’on veuille lui apprendre à demander l’heure en espagnol, comment réserver une chambre d’hôtel ou rédiger une lettre de réclamation (bien que les traductions de ces tâches triviales pullulent désormais sur Internet et qu’il  suffise de les utiliser en interrogeant son smartphone pour résoudre la situation problème en quelques secondes), mais il ne comprendra jamais qu’on ne fasse que cela au cours. Au cours, il veut aussi lire un petit journal en espagnol où l’on parle des goûts et des préoccupations des jeunes dans d’autres pays. Il veut savoir dire aux autres dans la langue cible quelles sont ses qualités, ses rêves d’avenir, les études qu’il voudrait entreprendre. Il veut qu’on fasse quand-même de la grammaire de temps en temps pour … faire moins de fautes. Il veut savoir comment on dit « casse-toi » en espagnol, il veut écouter des chansons, jouer, rire, se sentir ému. Il veut savoir pourquoi les catalans veulent se séparer de l’Espagne, ce qui contraindrait (dit-on !) le Barça à quitter la Liga …

Outre que ne pas répondre à ces attentes tellement disparates serait fort impoli, les considérer comme moins intéressantes que les exigences des patrons du Bel20 dont les entreprises ne paient que 5 % d’impôts en Belgique, mais qui exigent que l’Etat leur fournisse des employés « ready to use », serait carrément révoltant !

Pour clore ce chapitre, il me semble évident qu’une doctrine qui condamne l’enseignement et l’apprentissage des langues à générer un mortel ennui de part et d’autre, à exiger de complexes transferts mentaux vers des univers inexistants, à appauvrir jusqu’à l’indigence l’utilisation de la langue, à nier complètement les désirs de l’apprenant en fonction de son âge, est une multi-ineptie pédagogique.

Non seulement elle est pernicieuse en soi, non seulement elle génère et approfondit les inégalités, non seulement elle engendre des populations avec des niveaux de connaissance qu’on ne rencontre généralement que dans des pays très pauvres, mais elle viole à chaque instant l’article 6 du Décret Missions :

Article 6. – La Communauté française, pour l’enseignement qu’elle organise, et

tout pouvoir organisateur, pour l’enseignement subventionné, poursuivent

simultanément et sans hiérarchie les objectifs suivants :

1° promouvoir la confiance en soi et le développement de la personne de chacun

des élèves;

2° amener tous les élèves à s’approprier des savoirs et à acquérir des compétences

qui les rendent aptes à apprendre toute leur vie et à prendre une place active dans la

vie économique, sociale et culturelle;

3° préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de

contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et

ouverte aux autres cultures;

4° assurer à tous les élèves des chances égales d’émancipation sociale.

Tout démontre en effet que, focalisée sur de pseudo-exigences socio-économiques externes, elle n’est pas centrée sur la personne de l’élève, que seul un certain type de savoirs et de savoir-faire est mobilisé, que la notion de citoyenneté ne se résume pas à des résolutions de problèmes fictifs et qu’elle renforce les inégalités tout en faisant baisser le niveau global.

  1. « La modestie n’est pas une vertu : c’est juste une forme de prudence … » (George Bernard Shaw)

Même si les moyens alloués à l’éducation ne sont jamais trop élevés, il serait aussi faux qu’hypocrite d’affirmer que la Belgique, la Wallonie ou la Flandre consacreraient trop peu de moyens à leur enseignement. Avec plus de 6 % du PIB affectés à cette mission, nous nous trouvons dans la moyenne supérieure des pays développés et c’est aussi à cette place que la Flandre se trouve dans les tests Pisa.

La Fédération Wallonie Bruxelles constitue donc une honteuse anomalie et non l’Etoile incomprise dans  la Nuit des Peuples.

A l’aube de de mise en route d’une nouvelle grande réforme vaniteusement autoproclamée « Pacte d’Excellence », il est légitime, voire salutaire, de se poser des questions.

Sommes-nous bien sûrs que le réaménagement du temps scolaire, le pilotage des écoles en difficulté ou la réorganisation des filières suffiront à rendre nos étudiants meilleurs ?

Est-ce que la réussite se décrète, voire se « pilote » et est-ce que le taux de réussite dans l’enseignement supérieur va suivre par magie l’écroulement programmé du taux de redoublement dans le secondaire ?

Et enfin, question suprême : est-ce que le maintien de la Pédagogie par Compétences comme épine dorsale de tout ce système nous donne une chance (même infime) de renverser un jour la vapeur ?

Mon petit doigt me susurre que rien n’est moins sûr …

Dans la situation où nous trouvons, un pacte de lucidité et d’humilité eût assurément été plus indiqué …

Benoit Lhoest

Sources

http://math.umons.ac.be/dida/fr/enseignement/DERONNE.pdf

http://www.lalibre.be/actu/belgique/l-ecole-gratuite-un-principe-juridique-bafoue-5279c84335703e420f40652e

http://www.skolo.org/

http://www.skolo.org/2014/07/10/trop-cher-notre-enseignement/

http://sudedulor.lautre.net/spip/spip.php?article1198

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/09/02/contre-l-ideologie-de-la-competence-l-education-doit-apprendre-a-penser_1566841_3232.html

www.gallilex.cfwb.be/document/pdf/21557_000.pdf

http://enseignement.catholique.be/segec/fileadmin/DocsFede/Etude/Description_syst_edu_Flandre.pdf

https://www.oecd.org/pisa/keyfindings/pisa-2012-results-overview-FR.pdf

http://www.levif.be/actualite/belgique/le-pacte-d-excellence-ou-comment-produire-de-la-reussite-sur-commande/article-opinion-506231.html

https://www.lalibre.be/belgique/13-seulement-des-etudiants-ont-reussi-le-test-prealable-aux-etudes-de-medecine-53c3d0ca3570667a638a300b

https://www.lesoir.be/264373/article/2019-12-03/test-pisa-2018-les-resultats-en-lecture-sont-nouveau-en-baisse

Dette publique : la grande imposture …

Sur les conseils d’un ami de plus en plus gêné de ma dérive gauchiste et soucieux de me remettre sur le droit chemin du «réalisme économique » (sic !), j’ai profité d’un dimanche matin venteux pour lire un article de 2013 paru dans la revue Contrepoints sous la plume de Dréan, illustre représentant de l’ultralibérale école autrichienne et j’ai enchaîné avec un article de juillet 2013 d’un certain Johan van Overtveldt alors Rédacteur en Chef du Journal Trends et recyclé par l’Histoire en Ministre N-VA des Finances.

Horrifié,  j’y ai appris que la rumeur ne serait pas un hoax !

Oui, Mesdames et Messieurs, nous sommes bel et bien au bord du gouffre !

Tellement proches d’y choir qu’il devient urgent de liquider l’Etat dont le train de vie délirant serait la cause de tous nos maux …

Il aurait bien du mal à le nier, le bougre …

Jugez plutôt !

Selon Dréan, chaque belge a désormais 33.256 euros de dette publique accrochée à son faire-part de naissance, après quoi il paie presque 60 % d’impôts  toute sa vie pour alimenter cette espèce d’infernale pyramide de Ponzi qu’il a construite de ses propres mains, cette obstination à vivre au-dessus de ses moyens par tous les moyens. A ce train-là -toujours selon notre homme – nous devrions bientôt recourir à des emprunts auxquels les épargnants seraient tenus de souscrire (avant la grande saisie à la Chypriote si nous ne sommes pas sages !). Comme des héroïnomanes qui hypothèquent leurs biens pour s’acheter leur poudre d’oubli, nous serions bientôt à la rue des Marchés, montrés du doigt par le monde entier.

Le Chief Economist de la NV-A complète ce sombre tableau et assène que si l’on ajoute la valeur de la dette explicite (celle que  nous sommes tenus de rembourser contractuellement) à celle de la dette implicite (la charge croissante de la sécurité sociale, des pensions et des autres obligations collectives), l’ardoise de chaque belge ne s’élèverait pas à 33.000 euros (plus de 100 % du PIB), mais à 200.000 euros (plus de 600 % du PIB !). En filigrane, il faut comprendre que sans croissance économique vigoureuse, le modèle de l’Etat Providence n’est plus viable et qu’il vaut mieux le détruire avant qu’un défaut généralisé de remboursements de dettes souveraines ne vienne faire exploser le système et ne condamne la vraie, la bonne, la vertueuse économie des entreprises privées à boire le bouillon une fois de plus. D’ailleurs l’exemple de la Grèce est là pour nous rappeler à quoi en sont finalement réduits les mauvais élèves !

Je n’avais encore bu qu’un café et je me suis laissé bercer par ce discours inlassablement seriné depuis dix ans par les médias et la majeure partie des politiques. J’ai même failli me suicider à l’idée d’avoir si longtemps débité des bobards à mes semblables en danger. Puis, m’étant souvenu, au deuxième expresso, qu’en 2008 ce ne sont pas les banques qui ont volé au secours de l’Etat malade, mais le contraire, et que cela a coûté aux belges plus de 9 milliards d’euros, ayant relu que la dette grecque a déjà rapporté plus de 150 milliards d’euros à ses créanciers privés (et indirectement 100 milliards à l’Allemagne comme l’a démontré le prestigieux Institut Leibniz) sans qu’elle ait encore coûté un centime à la moindre banque privée, j’ai siroté un troisième café, relu patiemment mes notes, feuilleté mes bookmarks et Dieu merci, j’ai retrouvé tout ce qui suit :

Le jeu des sept erreurs

  1. Estimer avec une telle précision la charge de la dette implicite relève de l’escroquerie intellectuelle qualifiée, d’une part parce que les économistes divergent sur la question de savoir ce qu’il faut y placer (seulement les retraites ou aussi les soins de santé et les investissements en infrastructure ?), ensuite parce que chaque gouvernement a le droit d’adapter ses politiques à la réalité au fil des législatures (allonger les carrières par exemple ou remplacer tous les revenus de substitution par un seul qui soit universel) et enfin parce que faire mine de prévoir avec vingt ans d’avance les chiffres de la croissance, de la démographie, de l’inflation, des taux de change ou des taux d’intérêt relève davantage de l’astrologie que de la prévision statistique.
  2. En ce qui concerne la dette explicite (celle que nous avons déjà contractée), il est absolument mensonger de la comparer à une dette privée (même si nous verrons par la suite que le fond du problème réside en partie dans sa privatisation croissante depuis une quarantaine d’années). Même s’il existe des fluctuations (volontaires ou involontaires) du montant total emprunté, l’Etat ne rembourse JAMAIS sa dette, il la refinance. Affirmer que chaque belge devra un jour rembourser 33.000 euros est donc une information fausse uniquement destinée à semer une panique sur laquelle greffer ensuite des postulats idéologiques bien précis. Ce que chaque belge rembourse chaque année, ce ne sont que les intérêts de ladite dette (et aucunement le capital). Or, ces intérêts (en régression continue depuis les années 90) s’élèvent à  10.15 milliards d’euros (moins de 1.000 euros par an et par citoyen) ce qui est bien loin des 33.000 agités comme un épouvantail par certains.
  3. Le rapport entre la dette belge et le PIB annuel était de 1,13 en 1984, de 1,37 en 1993, de 0,84 en 2007 et il frôle à présent les 1,11 sans pourtant rattraper son niveau d’il y a … 23 ans. Et comme au cours des 30 dernières années, l’IDH de la Belgique a presque constamment progressé (sauf au cours des dix dernières années où la liquidation des services sociaux de l’Etat a produit ses effets tragiques), c’est qu’une dette relativement élevée n’est pas forcément un handicap à la croissance du bien-être dans un pays au tissu économique industrieux et diversifié.
  4. La Dette Belge, présentée comme un terrible frein à la reprise de la croissance, n’a jamais coûté si peu qu’aujourd’hui à chaque citoyen et à chaque entreprise. Alors que le service de la dette a culminé à 30 milliards d’euros par an en 1996, il n’est plus aujourd’hui que de 10.15 milliards (alors que nous sommes un million de plus), ce qui représente une diminution de 272 % en 20 ans (et une lente remontée des taux d’intérêt ne viendra pas changer cette donne à moyen terme). C’est le résultat de l’érosion constante des taux d’intérêt depuis 30 ans, mais aussi de la confiance solide que notre pays inspire aux créanciers du monde entier.
  5. En 1983, la part des Dépenses Publiques dans le PIB était de 51 % et ce chiffre est aussi la moyenne de cette part au cours des trente années suivantes (53 % en 2018). Plus croquignolesque encore : en trente ans la courbe de la dette a toujours été inversement proportionnelle à la dépense publique. Ces deux éléments montrent que, contrairement à deux lieux communs archi-faux, l’Etat n’est pas cet ogre boulimique et irresponsable que les néolibéraux dénoncent et d’autre part que plus on le déplume, plus sa dette augmente, mais est-ce vraiment étonnant ? Au rayon des curiosités, on épinglera aussi qu’en 1993, il y avait 73 fonctionnaires pour 1000 habitants en Belgique et qu’il y en a 74 en 2015, soit exactement le même nombre … qu’aux Etats-Unis pourtant réputés ultralibéraux. On soulignera enfin qu’au Danemark, il y a 140 fonctionnaires pour 1.000 habitants (le double de chez nous), ce qui n’empêche pas ce pays d’être en croissance et d’afficher une dette d’à peine 34 % de son PIB.
  6. Jusqu’au début des années 70, l’industrie lourde détenait le pouvoir (déclenchant une guerre de temps en temps pour liquider ses invendus d’acier) et les Etats empruntaient sans frais à leurs banques nationales. Mais les sommes amassées par les industriels  furent si colossales que se développa une industrie parallèle, purement financière, uniquement fondée sur la spéculation, dont le pouvoir grandissant avait soif de conquérir le monde. Ce fut la patiente émergence d’un dieu polymorphe à la fois unique et pluriel (que nous nommerons ci-après « Les Marchés ») et dont nous connaissons désormais la puissance en termes d’esclavage collectif.  Son catéchisme ? Le néo-libéralisme issu de diverses Ecoles d’après-guerre (Société du Mont Pèlerin, Ecole de Chicago, Atlantis Network, Libera …). Son but ? Privatiser toutes les activités (y compris la formation, la santé, l’environnement, la sécurité, la justice) sous le prétexte que Les Marchés s’autorégulent de façon vertueuse alors que l’état serait dépensier, inefficace et globalement nocif à l’augmentation de la prospérité collective et des libertés individuelles.  En Europe, c’est la France qui, la première, tombera dans ce grossier panneau : une des mesures phares du premier gouvernement Messmer fut la Loi  73-7 du 3 janvier 1973 qui obligeait l’Etat Français à se financer exclusivement auprès d’institutions privées. Les autres pays allaient suivre dans les années 80 sous l’impulsion des Reagan, Thatcher et autres géniaux visionnaires du bonheur collectif. Le Coup d’Etat Suprême des Marchés aura lieu lors du vote de l’Article 123 du Traité de Lisbonne en 2009 qui stipule : « Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées « banques centrales nationales », d’accorder des découverts ou tout autre type de crédits aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres. L’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. »  Puisque c’est l’émission de dette qui crée la monnaie, cela veut dire en d’autres termes que tous les Etats de l’Union ont confié à des opérateurs privés (uniquement intéressés par la rétribution de leurs quelques actionnaires) le soin de créer la monnaie de 500 millions de citoyens et donc aussi de décider des taux d’intérêt qu’elle génère (ce sont les agences de notation – privées ! – qui les dictent implicitement !). On peut comprendre qu’ils aient eu à cœur de fêter cela dignement  ! Dans les années 80, la Belgique a refinancé sa dette à des taux allant jusqu’à 14 %. Une étude d’Olivier Bonfond d’Econosphères, relayé par le Soir, démontre que si le pays avait pu, comme auparavant, se refinancer auprès de sa banque nationale à un taux égal à l’inflation annuelle, la dette belge ne serait pas égale aujourd’hui à 110 % du PIB, mais à 50 % (186 milliards auraient été économisés). Notons enfin que le Quantitative Easing mis en place depuis 4 ans par la BCE (et qui a déjà coûté 2.600 milliards d’euros) respecte à la lettre les Traités Européens : une banque privée peut se refinancer à 0 % d’intérêt auprès de la BCE et ensuite prêter cet argent au Portugal à 2% % puisque, en tant qu’Etat, il n’a pas accès aux prêts de la BCE.
  7. Tout le monde connaît l’étude de 2010 de Reinhart et Rogoff (Harvard) qui démontraient qu’en dessous de 90 % du PIB, une dette publique n’avait pas trop de conséquences sur la croissance d’un pays, mais qu’une fois ce seuil franchi, elle avait toujours conduit après 1945 à des récessions de 0.1 % en moyenne. Ce terrible constat fut triomphalement utilisé par tous les tenants de l’austérité. On se souvient par exemple d’une lettre d’Oli Rehn aux dirigeants européens les enjoignant à réduire leurs dépenses de façon drastique et citant cette étude pour le justifier. Seul petit problème : il manquait des données dans les tableaux Excel de nos brillants trouveurs et certaines formules étaient carrément fausses. Après encodage des données manquantes et corrections des âneries, il apparut que les pays qui ont une dette publique entre 90 % et 120 % du PIB ont un taux de croissance de 2,4 % en moyenne depuis 70 ans et qu’il reste de 1,6 % au-delà de 120 % d’endettement. Le FMI a d’ailleurs fini par publier, en 2012, un correctif cinglant où l’Institution affirme « qu’il n’y a pas de seuil particulier qui précède toujours des performances de croissance inférieure à la normale« .

Zachée, descends vite de ton arbre ! (Luc, 19, 5)

Selon Dréan, le belge paie environ 60 % d’impôts par an, ce qui est gigantesque.

Ce qu’il oublie soigneusement de dire c’est que tous les belges sont loin de connaître ce triste sort.

En effet, selon diverses sources, la fraude fiscale s’élève, en Belgique, à 20 milliards d’euros par an.

D’ailleurs, échapper à l’impôt n’est pas toujours une activité délictueuse. Selon Gilles Quoistiaux du journal Trends, les 500 plus grandes entreprises de Belgique n’ont payé que 5,44 % d’impôts en 2011 et ce en toute légalité. Cela signifie concrètement que, sur les 55 milliards de bénéfices qu’elles ont engrangés grâce au travail et à la consommation de tous, elles n’ont payé que 3 milliards d’impôts, montant très éloigné des 18,7 milliards dont elles se seraient acquittées si elles avaient été taxées au même taux que l’épicier du coin, soit 34 %.

On constate d’ailleurs le même phénomène en ce qui concerne la TVA. Alors qu’en Nouvelle-Zélande, les produits et services sont soumis à 100 % à la TVA, en Europe, seuls 54 % d’entre eux sont soumis à la cette taxe suite à diverses exemptions (les avocats n’y sont par exemple soumis en Belgique que depuis peu). C’est dommage car la TVA est une taxe très juste, très écologique, très locale et très simple à enrôler. Comme l’explique brillamment le Trends du 02/02/2012 sous la plume de Peter Vandendriessche « Ces mesures faussent la libre concurrence et ont un impact négatif sur les finances publiques. Notre pays, par exemple, engrange à peine 45 % des impôts indirects qu’il pourrait percevoir. Cela représente 20,46 milliards d’euros de revenus en moins pour le Trésor. »

Les lecteurs attentifs auront déjà réalisé l’addition. Si l’on ajoute les sommes de la fraude à celle des exemptions d’impôts en tous genres, l’on obtient le total intergalactique de 56,16 milliards d’euros … soit presque exactement le montant total du budget Fédéral 2016 (57 milliards d’euros).

Cette situation est intolérable à plus d’un titre :

  1. Comment justifier les musées où il pleut, les tunnels en ruines, les prisons du tiers-monde, les écoles délabrées, les allocataires sociaux privés de leurs droits, la Justice sous-financée, la sécurité nationale et publique négligée, les malades remis au travail et toutes les autres aberrations sociales dont nous sommes les victimes (et les commanditaires à travers nos votes angoissés) alors que nous pourrions, SANS AUCUN RECOURS A L’EMPRUNT, doubler le budget de l’Etat ou y investir bien davantage tout en remboursant notre dette en quelques années (car si quelque chose est exact dans la critique de la dette, c’est l’absurdité de verser 10 milliards d’intérêts par an à des banques privées) ?
  2. Comment pouvons-nous construire une société équitable et prospère sur des fondations régulatoires où certains paient la TVA et d’autres pas, où certaines entreprises sont soumises à l’Isoc et d’autres pas (les intercommunales par exemple), où certaines entreprises qui vendent des produits similaires (mettons de la bière) paient 5 % d’impôts tandis que certaines (les micro-brasseries) en paient 34 et que le travailleur belge moyen en paie 60 ? Comment pouvons-nous nous sentir unis par un projet commun alors que le travailleur qui déclare ses kilomètres est contrôlé par le fisc tandis que celles qui planquent leur pognon au Panama ou ailleurs ne sont presque jamais inquiétées ?

N’est-il pas temps qu’une force surnaturelle pousse Zachée à descendre de son arbre et à faire son boulot comme il le devrait ?

Sans cela, il y a fort à parier que les mouvements sociaux et les votes protestataires en tous genres conduisent au pouvoir des forces obscures que nous pensions ne jamais revoir et dont les recettes tragiques sont malheureusement trop connues.

Pauvres petits belges riches !

Même si nous décidions de tendre vers une dette 0 et qu’il nous faille par conséquent rembourser 33.000 euros chacun (ce qui n’est jamais que le prix d’une bagnole très moyenne tous comptes faits … !), il resterait pourtant faux d’affirmer qu’il s’agit de la dette de chaque belge à moins de considérer que le capital privé ne fait pas partie du patrimoine global commun.

Car de ce côté-là, c’est plutôt Byzance que Jéricho !

Jugez plutôt, bonnes gens !

Le patrimoine financier des belges s’élevait, en 2019, à 1.350 milliards d’euros  et leur patrimoine immobilier à 1.200 milliards.

Soit au total 2.550 milliards d’euros.

Notons au passage que ce trésor n’a cessé de croître au cours des 20 dernières années malgré la prétendue agonie de l’Etat et qu’il ne tient pas compte des sommes astronomiques que les belges, grands fraudeurs devant l’Eternel (loué soit Son Saint Nom), ont planquées à l’étranger ni des actifs détenus par les entreprises.

Notons enfin que ce magot représente 230.000 euros par citoyen, six fois le PIB du pays, 50 fois son budget annuel ET PLUS DE SIX FOIS SA DETTE.

Loin de moi l’idée de proposer quelque confiscation de ces ressources que ce soit. Je constate juste que si l’on déduit du patrimoine de chacun sa part de la dette que nous avons contractée tous ensemble, chaque belge reste riche de 200.000 euros, ce qui n’est pas trop mal (sachant tout ce qu’une moyenne peut cacher d’inégalités) …

Je constate aussi que ces moyens gigantesques sont généralement investis par nos concitoyens dans des banques privées (dans lesquelles ils sont sûrs de récupérer leur argent puisque elles bénéficient de la garantie de l’Etat) plutôt que dans l’Etat lui-même, jugé peu fiable (cherchez l’erreur !).

A l’heure où tant de services (qui pourraient être rentables s’ils étaient bien gérés) sont laissés à l’abandon (développement d’énergies durables, modernisation du réseau électrique, développement de transports publics de qualité, refinancement de la recherche et des écoles supérieures), ne serait-il pas intelligent de capter une partie de cette épargne stérile, de l’investir dans ces domaines, puis de la rémunérer convenablement ?

Peut-être ce mouvement serait-il de nature à relancer l’activité et surtout, à rendre confiance aux citoyens dans une invention bien plus vieille que le néo-libéralisme : la Nation.

Benoit Lhoest

Sources

https://www.nbb.be/doc/ts/publications/economicreview/2013/revecoii2013_h3.pdf

http://economie.fgov.be/fr/binaries/Comment%20la%20propri%C3%A9t%C3%A9%20r%C3%A9duit%20les%20in%C3%A9galit%C3%A9s_tcm326-236805.pdf

https://about.ing.be/A-propos-dING/Press-room/Press-article/Le-patrimoine-financier-des-Belges-progresse-encore.htm

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/05/13/20002-20160513ARTFIG00147-en-allemagne-les-salaries-de-l-industrie-decrochent-une-forte-hausse-de-salaire.php

http://www.slate.fr/tribune/86431/dette-publique

http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/decryptage/2015/07/30/29002-20150730ARTFIG00088-pourquoi-la-dette-de-la-zone-euro-continue-t-elle-d-augmenter.php

André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder, La dette publique, une affaire rentable, Editions Yves Michel, 2008

http://www.fgtb.be/c/document_library/get_file?uuid=6724c365-c51e-45d5-b117-9fb11ee7ef22&groupId=10134

http://www.despasperdus.com/index.php?post/2011/11/24/l-invention-de-la-dette

http://trends.levif.be/economie/politique-economique/la-tva-sauvera-t-elle-le-budget-belge/article-normal-191735.html

http://www.onveutsavoir.be/d-ou-vient-la-dette.php

http://trends.levif.be/economie/la-dette-publique-belge-ne-s-eleve-pas-a-104-5-mais-a-655-pour-cent-du-pib/article-opinion-171267.html

https://www.contrepoints.org/2013/06/27/129167-dette-publique-belge-les-lendemains-qui-dechantent

http://www.levif.be/actualite/belgique/dette-publique-faut-il-tout-rembourser/article-normal-126503.html

http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20130418trib000760224/et-si-une-erreur-de-calcul-avait-impose-la-rigueur-budgetaire.html

http://blog.francetvinfo.fr/classe-eco/2013/01/09/non-lausterite-nest-pas-une-erreur-de-calcul-du-fmi.html

http://www.econospheres.be/IMG/pdf/Histoire_inedite_de_l_economie_en_Belgique-_De_1945_a_nos_jours-.pdf

http://www.econospheres.be/La-dette-belge-pourrait-etre-en

http://www.lesaffaires.com/bourse/nouvelles-economiques/la-crise-grecque-a-rapporte-100-milliards-d-euros-a-allemagne-/580696

http://www.levif.be/actualite/belgique/gerer-l-etat-belge-pas-la-s-a-belgique/article-opinion-501737.html

https://lilianeheldkhawam.wordpress.com/2016/01/31/france-berceau-du-neoliberalisme-michel-santi-texte-de-loi-de-1973-sur-la-banque-de-france/

http://www.debtagency.be/fr_data_public_finances.htm

http://www.20minutes.fr/economie/667228-20110209-economie-la-france-est-elle-vraiment-pays-fonctionnaires

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http://www.auditcitoyen.be/belgique-60-milliards-dausterite-en-7-ans-pour-quels-resultats/

http://www.monde-diplomatique.fr/1997/09/BOURDIEU/4435

http://www.monde-diplomatique.fr/2017/02/DURAND/57130

http://finance-watch.org/hot-topics/blog/1482-paradise-papers

https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/030830395080-paradise-papers-les-dessous-de-lenquete-2127749.php#Xtor=AD-6000

https://www.humanite.fr/cest-confirme-lue-est-dirigee-par-un-patron-de-paradis-fiscal-557006

http://plus.lesoir.be/archive/d-20171107-3HVQHZ

https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_paradise-papers-la-belgique-prise-le-doigt-dans-le-pot-de-confiture?id=9757195

https://www.rtl.be/info/monde/economie/paradise-papers-les-revelations-d-evasion-fiscale-nike-belgique-et-le-geant-belge-janssen-pharmaceutica-ne-paient-quasi-pas-d-impot-968509.aspx

http://plus.lesoir.be/122845/article/2017-11-06/paradise-papers-riches-de-tous-pays-les-nains-vous-saluent-bien

https://www.mediapart.fr/journal/economie/271017/les-milliards-net-d-impot-de-volkswagen-au-luxembourg

http://plus.lesoir.be/121018/article/2017-10-24/les-7-peches-capitaux-de-la-lutte-contre-la-fraude-fiscale

http://www.cadtm.org/A-qui-profite-la-dette-grecque-Les

https://www.courrierinternational.com/article/croissance-selon-le-fmi-il-faut-taxer-plus-fortement-les-riches

https://www.rtbf.be/info/economie/detail_la-belgique-championne-d-europe-de-la-taxation-des-bas-salaires?id=9733878

http://www.cadtm.org/Sauvetages-bancaires-en-Belgique

https://www.lavenir.net/cnt/dmf20190418_01324478/10-15-milliards-de-charge-de-la-dette

https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_comment-la-belgique-depense-t-elle-ses-deniers-publics?id=9866782

https://www.lalibre.be/economie/placements/la-bce-va-racheter-20-milliards-d-euros-de-dettes-chaque-mois-5d7a30ecd8ad5847dc99577d

https://www.rtbf.be/info/economie/detail_le-patrimoine-financier-des-belges-est-en-hausse-et-ils-sont-de-plus-en-plus-endettes?id=10306582

Impératif présent

En mai dernier, plus de 80 % des européens ont redit dans les urnes leur foi inébranlable en une mondialisation productiviste heureuse et sans limites fondée sur une consommation effrénée d’énergies fossiles (y compris nucléaires) dont ils croient réaliste de penser que leur absence détruirait deux cents  ans de progrès et qu’elles seraient, par conséquent, irremplaçables dans nos vies à jamais.

Même si le pourcentage de croyants est plus faible que cinq ans plus tôt, cette timide poussée de salutaire agnosticisme reste bien trop faible pour induire le moindre basculement sérieux, ce qui n’est pas seulement décevant, mais surtout incompréhensible.

Car même à supposer que Greta soit réellement un petit tonneau vide moche, malade et manipulé, même à supposer que le climat se dérègle tout seul comme un grand ou à cause d’une augmentation constante de la production mondiale de cannabis (j’ai vérifié et les courbes coïncident !), même à supposer que les chercheurs du GIEC soient les conjurés d’une immense conspiration contre les gentils actionnaires d’Exxon en vue de nous fourguer d’affreuses éoliennes qui dénaturent nos paysages, effraient les petits oiseaux et nous conduiront à la misère chaque jour où il n’y aura pas de vent, n’en resteraient pas moins en suspens toutes les autres questions …

a)   Les réserves pétrolières planétaires sont aujourd’hui estimées à 1.400 milliards de barils (probablement surévaluées par des pays exportateurs en quête d’investisseurs) et la consommation mondiale (en progrès continu envers et contre tout) est de 37 milliards de barils par an alors que les découvertes annuelles plafonnent à 10 milliards de barils (et sont en recul constant depuis trente ans). Au mieux (si les découvertes ne continuent pas à fondre ni la consommation à augmenter), il nous en reste sous terre pour 50 ans (et ce n’est pas mieux pour le gaz naturel). Que se passera-t-il dès lors en 2.070 (et probablement bien avant puisque ces ressources vont se renchérir à mesure qu’elles se raréfient) ? Retournerons-nous aux conditions de vie préindustrielles (où est resté coincé un bon tiers de l’Humanité) ou aurons-nous eu la prévoyance de construire  des réseaux de production d’énergie renouvelable ( que nous consommerions avec davantage de parcimonie et auxquels aurait accès la part de l’Humanité que l’industrialisation a oubliée ?) ?

b) Une grande part des produits de notre vie quotidienne dépendent de la pétrochimie (peintures, solvants, plastiques, engrais, médicaments, résines, détergents). Certes, il faudra bien un jour trouver des moyens de les fabriquer autrement eux aussi, mais devrons-nous également nous y résoudre dans un délai de moins d’un demi siècle parce que nous aurons trouvé intelligent de brûler tous nos gisements d’hydrocarbures plutôt que de les réserver à des usages un chouïa plus utiles ?

c) Je me souviens d’un voyage scolaire en Pologne au début des années 90 et d’une jeune fille qui, soudain, en pleine rue, s’était mise à pleurer des larmes de sang qui ruisselaient sur ses joues sans qu’il soit possible de les arrêter. Effrayés, nous l’avions emmenée chez un médecin du coin que cela n’avait guère impressionné et nous avait déclaré, avec une espèce de lassitude résignée, qu’il n’était pas rare, les jours de smog, que des habitants de la ville, les sinus littéralement rongés par les émanations sulfurées des centrales à charbon, endurent ce même calvaire et en soient réduits à se calfeutrer plusieurs jours dans leur chambre en attendant que les tissus se reconstituent tant bien que mal. Des amis polonais me confiaient l’autre jour que la situation n’avait guère changé là-bas, pas plus que dans de nombreuses régions chinoises ou allemandes et la pollution atmosphérique est devenue un problème de santé publique dans nombre de pays développés (particules fines, monoxyde de carbone, ozone, dioxyde d’azote et de soufre sont responsables de 48.000 décès par an en France, faisant de la pollution la troisième cause de mortalité derrière le tabac et l’alcool.) Comment les citoyens de nations pourtant si attachées à leur « niveau de vie » et à leur prétendu « confort » accordent-ils finalement si peu d’importance à leur qualité de vie (leur santé, leur environnement, leur alimentation) ?

d) La moitié des réserves prouvées d’hydrocarbures se trouve dans cinq pays dont quatre se situent au Proche-Orient où guerres sordides d’influences et dictatures rétrogrades se disputent l’actualité depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Que deux drones rebelles s’abattent sur des installations saoudiennes, que les relations entre les USA et d’Iran se crispent comme au bon vieux temps … et voilà le monde entier condamné à payer son énergie 10 % plus cher du jour au lendemain. Comment pouvons-nous ramper depuis si longtemps devant ces dictatures abjectes ? Comment tolérons-nous cette extrême dépendance de nos économies à leur bon vouloir ? Comment supportons-nous une telle fragilité d’approvisionnement d’une ressource que nous avons placée au centre de nos vies et à laquelle nous sommes littéralement camés ?

e) En 2007, la Chine cultivait 33 % des carottes vendues dans le monde. En 2018, sa production dépassait les 50 % (plus de 60 % pour le chou !). Même s’il devient très aisé de trouver au supermarché des carottes à moins d’un euro le kilo (quelle extraordinaire sensation d’opulence !), peut-on réellement prétendre que cette importation massive  (17 millions de tonnes de racines à déplacer chaque année sur des milliers de kilomètres)  aurait le moindre sens ou contribuerait d’une quelconque façon à notre bien être et que nous serions terrassés de chagrin ou de lassitude si nous devions produire à nouveau nos carottes nous-mêmes et les payer vingt centimes plus cher ?

f) Toutes les études convergent : 25 % de l’énergie et 30 % de la nourriture produites dans le monde sont gaspillées. Est-ce que ce gâchis contribue réellement à notre « niveau de vie » ou à notre « confort » ? Vivrions-nous vraiment plus mal si nous cessions de jeter à la poubelle ou de laisser s’envoler par les fenêtres de telles quantités de ressources précieuses ?

g) D’après Charlotte Flechet du Global Call for Climate Action, « selon le Fonds Monétaire International, chaque année, près de 5.3 trillions de dollars d’argent public est alloué au niveau international en faveur des énergies fossiles. Rien qu’au sein du G20, les gouvernements dépensent 452 milliards de dollars par an pour la seule production d’énergies fossiles. Il s’agit d’environ quatre fois le montant global des subsides aux énergies renouvelables d’après les estimations de l’Agence Internationale de l’Energie. » Comment expliquer pareille gabegie publique doublée d’un tel manque de prévoyance sinon en supposant que les lobbies gris restent, de facto, bien plus puissants que les verts et gangrènent nos démocraties jusqu’à leurs sommets ?

h) Engagée dans une véritable course vers l’indépendance énergétique depuis la crise pétrolière des seventies, la Californie, 8ème économie mondiale à elle seule, vient de dépasser la barre symbolique des 50 % d’énergie renouvelable. Le « 100 % Clean Energy Act », voté en août 2018, prévoit d’ailleurs d’amener le Golden State à 60 % de renouvelables en 2.035 et à 100 % dès 2.045. Comment diable son économie ne s’est-elle pas encore écroulée dans d’atroces convulsions et surtout, comment les politiciens fossilisés du reste du monde osent-ils encore prétendre que l’énergie durable et décarbonée serait le rêve résolument impossible de beatniks verts un peu ados, un peu bobos mais surtout pas crédibles ?

i) Le World Nuclear Report 2018 publiait l’an dernier un très intéressant graphique de Lazard Estimates. On y lit que, depuis 2013, la pyramide des prix de revient par sources d’énergie s’est totalement inversée. Tandis que le coût de production d’un MWh nucléaire est désormais le plus élevée du mix (plus de 120 USD), que les fossiles classiques trustent le milieu du tableau (80 USD pour le charbon et 65 USD pour le gaz), c’est le MWh renouvelable qui se révèle désormais le moins cher à produire (45 USD pour le solaire et 40 USD pour l’éolien) . Si ce n’est par peur de voir les majors du fossile ne pas récupérer les sommes astronomiques qu’ils ont investies dans la prospection et l’exploitation, quelle raison économique objective avons-nous encore de lier nos destinées collectives à ces has been de l’Histoire ?

En bref et en quelques mots, nous ne devons pas seulement agir aujourd’hui parce qu’il pourrait faire 7 degrés de plus en 2.100 et que la Vlaamse Kust pourrait commencer à Jette, mais parce que, en plus de ce risque majeur et insensé, notre situation énergétique est absurde et dangereuse ici et maintenant à chaque instant.

Commençons par augmenter notre indépendance, notre résilience et notre qualité de vie quotidienne et, comme le promettait Notre Seigneur, le reste nous sera donné par surcroît …

A nous et aux générations futures.

Amen.

Benoit Lhoest

Sources

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9serve_p%C3%A9troli%C3%A8re

https://www.planete-energies.com/fr/medias/chiffres/consommation-mondiale-de-petrole

https://www.planete-energies.com/fr/medias/decryptages/la-petrochimie-une-industrie-incontournable

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/c-est-comment-ailleurs/c-est-comment-ailleurs-les-centrales-au-charbon-en-pologne_1872641.html

https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/reserves-de-gaz-dans-le-monde

http://sante.lefigaro.fr/article/pollution-de-l-air-que-sait-on-de-ses-effets-sur-la-sante/

https://www.nouvelobs.com/planete/cop21/20151210.OBS1135/le-gaspillage-energetique-grand-oublie-de-la-cop21.html

https://www.huffingtonpost.fr/entry/effets-pollution-air-enfants-demontres-deux-etudes_fr_5d8cc016e4b0ac3cdda4731c?ncid=other_facebook_eucluwzme5k&utm_campaign=share_facebook&fbclid=IwAR38kJuw7Gy_4LmahPpMqm5NvreLutR6hLc9AJpQRIMB-2W4CXwajaTp84A

https://www.liberation.fr/planete/2015/09/21/subventions-aux-energies-fossiles-la-trop-grande-generosite-des-pays-developpes_1387445

https://www.planetoscope.com/fruits-legumes/1486-production-mondiale-de-carottes.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Carotte

https://www.huffingtonpost.fr/charlotte-flechet/energies-fossiles-cop21_b_8748672.html

https://www.worldnuclearreport.org/The-World-Nuclear-Industry-Status-Report-2018-HTML

https://www.konbini.com/fr/tendances-2/infographie-gaspillage-alimentaire-mondial/

https://www.linfodurable.fr/environnement/etats-unis-la-californie-sengage-produire-100-denergie-renouvelable-dici-2045-5786

https://ca100.org/

https://www.lazard.com/perspective/levelized-cost-of-energy-and-levelized-cost-of-storage-2018/

 

L’Etat retrouvé dans un sale état …

60 % des échanges commerciaux planétaires sont aujourd’hui contrôlés par des entreprises multinationales armées de pelotons de fiscalistes aguerris qui leur permettent d’échapper presque entièrement à l’impôt (mais n’est-ce pas déjà assez douloureux pour elles de devoir payer chez nous des charges sociales énormes sur des salaires plantureux et de respecter les normes environnementales et sociales les plus emmerdantes et coûteuses de la planète ?).

On n’est donc pas si étonné d’apprendre que le Ministère des Finances belge avoue publiquement que 221 milliards d’euros sont sortis des caisses de Sociétés actives en Belgique et ont rejoint des paradis fiscaux où quelques centaines de milliardaires se les partagent joyeusement (mais qu’en font-ils au juste ?).

On tique juste un peu de cette connivence entre le gendarme et le voleur.

Car on voit bien qu’il sait et qu’il ne fait rien …

Peut-être, au demeurant et de longue date, s’est-il laissé déposséder de ce pouvoir crucial puisque, malgré la crise de 2009 et les promesses solennelles de réglementer Banques, Hedge Funds et Paradis Fiscaux (que dans l’intimité de ma réflexion je nomme souvent « La Sainte Trinité »), tous les Etats Développés (lobbytomisés par les dirigeants de leurs grands groupes) continuent de tolérer ces Juridictions Virtuelles juchées sur des rochers au milieu de l’Océan (où on ne produit rien et où les serveurs d’enregistrement des Titres de Propriété ne sont même pas situés physiquement, ce qui confère au système une vertigineuse et triple virtualité).

Face à ce détournement continu et qualifié (que beaucoup d’économistes estiment à 25 % du PIB des Etats de l’OCDE), il ne reste sans doute plus que deux solutions de lutte raisonnable et efficace pour un retour à davantage de normalité fiscale, sociale et écologique :

  1. Soutenir tous les partis, tous les mouvements, toutes les organisations qui peuvent porter vers les Parlements l’exigence de ripostes juridiques à ce banditisme en col blanc et la nécessité d’un traitement fiscal égal pour tout le monde (il n’y a pas de démocratie possible sans égalité et sans justice et les « rulings » où l’Etat encourage carrément l’exemption fiscale de certains Groupes représentent le comble du comble de l’indécence !)
  2. Prendre conscience que dans une société de consommation effrénée, le véritable électeur – quotidien, permanent ! – c’est le consommateur. Trop facile de crier que Macron est le Président du Cac40 (qui, en dépit de la prétendue crise, n’a jamais distribué autant de dividendes qu’en ce printemps 2017), alors qu’en rentrant en Renault de chez Total avec nos nouveaux pneus Michelin et nos Danone dans le coffre, nous nous servons un petit Ricard en regardant TF1. A part les jets de pavé, les incinérations de vieux pneus (dont nos caïmans insaisissables se contrefichent) et les Révolutions Bonariennes dont le siècle passé nous aura gavés (il restera bien quelques aveugles pour célébrer quand-même celle d’Octobre dans deux mois !), la seule solution de combat, c’est de sortir de ces circuits de production et d’en privilégier d’autres : locaux, fiscalement équitables, respectueux de l’environnement et de la santé, solidaires et politiquement participatifs.

Ces initiatives fleurissent d’ailleurs un peu partout dans le monde comme un organisme se défend sontre la maladie qui le mine.

Car 221 milliards d’euros … c’est le double du Budget Fédéral (dont il faut soustraire plusieurs milliards chaque année sous prétexte que l’Etat coûterait cher, ralentirait l’économie et creuserait une Dette impayable pour les générations futures).

221 milliards, c’est juste la moitié de ladite Dette dite impayable …

221 milliards qui n’ont été taxés qu’à 5 % en moyenne (là aussi les chiffres sont officiels !) alors que les Sociétés “locales” paient 33 % d’impôts (ce qui représente pour l’Etat un manque à gagner de 61 milliards annuels, soit son budget hors pensions.)

… 61 milliards d’évasion fiscale légalisée dont le Ministère tient une stricte comptabilité dans un grand livre qu’il nous ouvre aimablement chaque année pendant que ses/nos agents espionnent les caisses enregistreuses des restaurants où l’on mange des oeufs bourrés d’insecticide …

Et si c’était vrai, finalement, que l’Etat ne sert plus à rien ?

Benoit Lhoest

https://www.facebook.com/notes/benoit-lhoest/et-si-c%C3%A9tait-vrai-finalement-que-letat-ne-sert-plus-%C3%A0-rien-/10213396072046069/

 

Sources

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http://www.lesoir.be/107199/article…

http://www.liberation.fr/futurs/201…

https://www.nbb.be/doc/ts/publicati…

http://economie.fgov.be/fr/binaries…

https://about.ing.be/A-propos-dING/…

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/…

http://www.slate.fr/tribune/86431/d…

http://www.lefigaro.fr/economie/le-…

André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder, La dette publique, une affaire rentable, Editions Yves Michel, 2008

http://www.fgtb.be/c/document_libra…

http://www.despasperdus.com/index.p…

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http://www.onveutsavoir.be/d-ou-vie…

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https://lilianeheldkhawam.wordpress.com/…

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http://www.lalibre.be/economie/conj…

http://www.auditcitoyen.be/belgique…

http://www.monde-diplomatique.fr/19…

 

La Salope de l’Année …

A propos d’un article de La Libre dont on trouvera le lien ci-dessous et qui traite du Revenge Porn (on y lit que presque 10 % des étatsuniens – ce qui fait tout de même 35 millions de personnes !- en auraient été victimes), je me suis permis l’autre jour de m’écrier :

« Quand on se filme ou qu’on se laisse filmer aux chiottes, faut pas pleurer après de retrouver partout des photos de ses crottes ».

Comme je m’y attendais, un raccourci si saisissant devait forcément mener à de vifs débats où chacun défendrait passionnément son point de vue et où chacun, depuis sa position, aurait ensuite raison contre le monde entier.

Intéressé par cet échange et toujours sous le choc du nombre de « victimes » présumées de ce désastre planétaire j’ai tenté, depuis lors, de me renseigner davantage sur le phénomène et suis allé de surprise en surprise.

Pour faire bref, la plupart des sites liés à ce genre de « vengeance » ont été fermés dès 2012 aux USA par les autorités et leurs parrains (comment les appeler autrement ?) condamnés à des peines de prison ferme tandis que Reddit ou Twitter pourchassaient les contrevenants sans relâche.

Le délit est d’ailleurs entré dans le code pénal français en octobre 2016, mais malgré des fouilles à diverses sources, je n’ai pas encore trouvé de cas où un utilisateur qui avait posté ce genre de contenu ait été condamné (même pas à une amende) de ce côté-ci de l’Atlantique ou de l’autre.

Pire encore, de nombreux indélicats ont été blanchis aux Etats-Unis au nom de la liberté d’expression ou de la difficulté d’établir la preuve que l’action pouvait leur être attribuée à coup sûr et qu’il ne s’agissait pas tout simplement d’un vol de données perpétré par des tiers (ce qui complique l’administration de la preuve, c’est que les auteurs -qui peuvent facilement se bricoler de fausses IP – perpètrent leur forfait sans aucune autre rétribution que le plaisir de la vengeance et/ou de l’excitation qu’ils en éprouvent )…

Enfin et surtout, il semble que ces mesures se soient révélées totalement inefficaces puisque, cinq ans plus tard, 10 % d’américains s’en disent encore affectés ce qui (soit-dit en passant) concerne, en réalité, bien plus de 70 millions de personne car si l’on reconnaît 35 millions de « victimes », il faut forcément supposer 35 millions de bourreaux … et des centaines de millions de consommateurs en train de mater les délits des uns et les glorieuses performances des autres pour la plus grande joie des investisseurs propriétaires de ces pages, de ces noms de domaine, de ces serveurs et des Sociétés Anonymes qui les gèrent et en tirent de gigantesque profits (la pornographie brasse 50 milliards de dollars de chiffre d’affaire par an dans le monde, ce qui n’est pas rien).

On ne comprend le glissement qu’en déduisant de l’observation que les sites qui ont été fermés étaient juste trop spécialisés dans la mesure où y étaient révélées l’identité des victimes, ainsi que leur adresse électronique ou postale, MAIS qu’une fois corrigée cette faille juridique originelle, tout ce qui fut posté ailleurs, par la suite, dans le plus parfait anonymat, continue à s’y trouver étalé en toute légalité et se propager, dilué dans la prodigieuse masse de clips des portails généralistes gratuits (YouPorn, PornHub, PornTube) au gré de rubriques telles que « Girflriend Revenge », « RevengePorn », «Ex GirlFriend », « SeeMyGF», « MyEx », « Amateur Teen » et des centaines d’autres du même tonneau, inspirés obsessionnellement par la même idée d’humilier l’autre après avoir feint de l’aimer (mais la confusion permanente entre désir et sentiments ne nous condamne-t-elle pas à cet éternel malentendu cousu de violences ?)

Si l’on veut se faire une idée de l’ampleur du phénomène, il suffit de taper « ex girlfriend » dans Google : on constatera avec effroi que l’on obtient 119 millions de résultats alors que Poutine n’en génère « que » 16 millions et Pope Francis 40 millions (ce qui doit être déprimant pour ceux qui consacrent leur vie à préserver la stabilité géopolitique globale et/ou à augmenter le nombre d’habitants du Royaume des Cieux) …

Une autre source d’étonnement concerne les caractéristiques des « acteurs » : presque toujours des jeunes filles de moins de 25 ans (si ce n’est moins de 20 ou pire encore) filmées en action par des partenaires dont, forcément, on ne distingue à aucun moment les visages.

Les questions que tout cela suscite sont nombreuses.

  1. Y a-t-il vraiment 35 millions de couples aux USA qui pimentent leur vie sexuelle en la filmant, voire en l’exposant online et dont les deux partenaires sont sincèrement demandeurs de cette mise en scène après avoir préalablement construit une relation digne de ce nom ?
  2. Si ce n’est pas le cas, peut-on sérieusement imaginer que ces millions de couples travaillent dans l’industrie du porno pour arrondir des fins de mois difficiles, que chaque « acteur/actrice » a donc signé un contrat où est fixée sa rémunération en échange de laquelle il/elle cède son droit à l’image à tel ou tel média qui le/la rémunèrera au prorata du nombre de vues des clips tournés ? Dans ce cas, pourquoi n’y voit-on presque jamais les visages des garçons (de timides figurants bénévoles ?) et pourquoi des dizaines de millions d’américains (en fait, surtout des américaines) se disent-ils/elles victimes de cet étrange commerce ?
  3. A supposer qu’il ne s’agisse pas le moins du monde de travailleuses du sexe (ce qui serait rassurant, faute de quoi il faudrait admettre qu’une jeune occidentale sur trois se prostitue occasionnellement), faut-il accepter l’idée qu’il s’agit réellement de scènes « de la vie courante » où des millions de jeunes filles considèrent désormais comme normal que leurs partenaires masculins filment leurs ébats et « se cachent » littéralement derrière la caméra ou le smartphone sans assumer d’autre exhibition que celle de leurs membres divinement sucés en boucle devant le monde entier (car qui aura légalement le droit de faire retirer ces contenus un jour ? )
  4. Faudra-t-il rapidement qu’Interpol établisse un fichier exhaustif des glands sur le modèle des empreintes digitales afin de coincer les contrevenants ou leurs ayant-droits ?
  5. Qu’est-ce qui peut bien pousser des millions de jeunes filles à se montrer ainsi, souvent à genoux et la bouche pleine (soumission à une nouvelle norme machiste ? besoin de se rassurer sur leur capacité à plaire et à être désirées y compris au-delà des frontières de leur propre couple ?) et quel est le moteur de cette pratique chez les garçons (excitation liée à une forme particulière de domination et d’humiliation que nous serions tous/toutes priés de croire souhaitée à tous les coups par celles qui les satisfont et y trouveraient elles-mêmes satisfaction ?, « trophées de chasse » que l’on peut ensuite refiler à ses potes de smartphone en smartphone, de vestiaire de foot en vestiaire de foot, jusqu’à ce qu’un encore plus crade les balance à l’industrie – contre rémunération ? -, souvent l’auteur lui-même du reste (pour se venger après une rupture ou juste comme ça, par jeu, parce que c’est tellement bandant ? …)
  6. Sachant que le public des sites pornographiques est à 80 % masculin, qu’il y a des millions de clips disponibles et que seuls les plus populaires apparaissent en tête des résultats, combien de jeunes filles exactement savent-elles qu’elles sont présentes sur ces pages et quels sont leurs véritables recours légaux contre les personnes qui y ont posté ces scènes sans leur consentement (sachant que le coupable peut toujours arguer que la vidéo lui a été volée via Bluetooth ou que son smartphone a été dérobé)?
  7. La Loi allemande prévoit qu’en cas de plainte, une vidéo doit être immédiatement retirée par le site qui héberge l’objet du délit présumé. C’est sans doute la moindre des choses, mais qu’en est-il de la responsabilité du posteur et surtout du site qui l’a initialement publiée sans trop poser de questions ? Quelle est, d’autre part, la garantie pour la victime que ses exploits sexuels seront réellement et pour toujours renvoyés aux limbes de l’oubli à une époque où existent des logiciels qui permettent d’extraire et de conserver des vidéos depuis n’importe quelle page et où ces images se baladent ensuite de serveurs en smartphones, de disques durs externes en clés USB et de clés USB en clouds parfois cryptés comme des forteresses et d’où elles peuvent être repostées sur d’autres portails des mois ou des années plus tard ? Et, après avoir constaté que certaines de ces divines fellations ont été visionnées des millions de fois, à combien peut on estimer le nombre d’enregistrements opérés par de vieux branleurs extasiés, voire foudroyés par tant de grâce et de candeur ? … Mais peut-être que tout cela n’a plus d’importance finalement, que tout appartient forcément au domaine public désormais, y compris nos vies et nos intimités, que nous y consentions explicitement ou non.
  8. A l’heure où l’éducation sexuelle est, de facto, assurée par la pornographie (mais les familles accepteraient-elles qu’on en parle enfin à l’école ou à table ?), à quelle image du désir et du couple cet exhibitionnisme des uns et ce voyeurisme des autres, cette négation – parfois vengeresse – de la vie privée et de l’intimité, renvoie-t-elle aux jeunes et quels ravages produit-elle sur le développement de leur personnalité et plus particulièrement de leur vie sentimentale ?

 

Tonton David …

 

… a beaucoup de choses à nous apprendre sur notre naïveté (à moins que ce soit sur notre hypocrisie).

Il y a quelques semaines, ce vieillard s’est suicidé (pour ne pas avoir à être jugé par ses complices d’hier ?) après que Flavie Flament puis quelques autres eurent révélé qu’il avait abusé d’elles.

La doublement malchanceuse animatrice se retrouve aujourd’hui accusée de la mort d’un homme (qui ne pouvait plus se défendre, le délai de prescription des faits étant écoulé) et le débat s’est prudemment arrêté là.

C’est fort dommage car bien des questions auraient pu et dû être posées.

Par exemple, comment les parents de cette jeune femme ne se sont-ils pas doutés qu’il y avait quelque chose de malsain derrière cette activité « artistique » ?

Et pas seulement les parents de celle-là, mais aussi de toutes les autres, des milliers d’autres qui ont posé pour lui pendant des décennies ?

Et pas seulement les parents de celles-là, mais les autres adultes (parents ou non – et je m’y inclus !) qui avons accepté l’exhibition de ces enfants presque nues dont on ne distinguait pas l’anatomie intime de façon « clinique », mais qui se trouvaient pourtant le plus souvent dans des poses lascives et suggestives que d’habiles floutés venaient rendre acceptables à nos inconscients prêts à tout !

Les pères savaient-ils que beaucoup de leurs amis achetaient ces livres qui se ne lisent que d’une main (et où les textes sont d’ailleurs fort rares) ?

Les mères et les pères étaient-ils/elles fiers qu’un « grand artiste » de la photo ait jugé leur enfant tellement belle qu’il rêvât de l’immortaliser sur papier glacé.

Voire plus si affinités ?

N’ont-ils jamais imaginé que ce pas serait franchi alors même que leur enfant se retrouvait exposée dans son plus simple appareil dans toutes les librairies mais aussi dans les hôtels de luxe où le célèbre photographe la conviait à voyager en sa seule compagnie ?

C’étaient sûrement de braves gens qui avaient ouvert pour leur fille un compte « pour quand tu seras plus grande » où Monsieur Hamilton versait le prix des passes.

Et nous tous avec lui.

Nous les hommes qui achetions ces « œuvres d’art ».

Et nous les femmes qui faisions semblant d’y croire.

Ou qui aurions tellement aimé nous aussi qu’on célébrât encore et encore notre beauté, notre jeunesse…

Miroir, mon beau miroir …

P.S : C’est bien après avoir écrit les lignes qui précèdent que j’ai appris qu’en réalité, Hamilton ne versait aucune rémunération aux parents en échange de lui « prêter » leurs enfants comme « modèles » … ce qui rend le tout encore plus sidérant …

 

La salope de l’année

 

Ci-dessous un article du journal flamand DeRedactie qui rapporte une grande victoire conquise il y a quelques mois par les étudiantes d’une prestigieuse Université d’Etat (la VUB) : désormais, leurs consoeurs peuvent garder leur soutien-gorge lors des concours de T-shirts mouillés !

Les nostalgiques et les puristes crieront au scandale, mais c’est ainsi, mon bon Monsieur: on ne fait plus des filles tout ce qu’on veut et leurs syndicats sont puissants !

Ceci dit, rassurez-vous : le concours des Meilleurs Nichons de l’Année est maintenu ainsi que le clou du spectacle : l’élection de Miss Salope de l’Année …

Pour remporter ce précieux trophée, les candidates doivent exécuter en public une lap dance sur les genoux d’un comitard.

C’est sur ce point que les étudiantes réformistes protestent au demeurant le plus vivement :

« Lorsqu’on a peu de confiance en soi et qu’au premier tour, on se fait huer d’entrée de jeu, une telle activité n’engendre que plus d’insécurité ».

Vous aurez compris que celles qui jouent du croupion avec le plus d’aisance y trouvent, par contre, un certain accomplissement personnel.

Se sentiraient-elles, en ces instants magiques, plus capables que les autres de plaire ou tout simplement faut-il replacer tout cela – pour se rassurer à bon compte – dans un contexte carnavalesque où toutes les outrances sont symboliquement permises et ne le sont qu’un temps ?

Elles ajoutent que le « baptême » est imposé, qu’il s’agit d’un « cours obligatoire », ce qui explique certainement leur souci de contribuer à en parfaire la matière et les épreuves …

Et précisent en chœur que leurs critiques ne visent en rien à faire interdire cette vénérable institution :

« Le concept est sympa. C’est juste dommage qu’il y ait tant de sexisme ».

La rectrice en convient mais se refuse à interdire l’événement, invitant les étudiant(e)s à réfléchir par eux/elles-mêmes à une manière plus digne de faire la fête dans les prochaines années …

A première vue, la marge de progression est prometteuse.

 

Benoit Lhoest

https://www.facebook.com/notes/benoit-lhoest/la-salope-de-lann%C3%A9e-/10211214257302064

 

Sources

http://deredactie.be/cm/vrtnieuws.francais/Soci%25C3%25A9t%25C3%25A9/1.2839907#

http://www.lalibre.be/lifestyle/magazine/des-millions-d-americains-touches-par-le-porno-vengeur-en-ligne-58506beecd70bb41f08e4974

http://www.lemonde.fr/pixels/article/2015/12/04/le-roi-du-revenge-porn-condamne-a-plus-de-deux-ans-de-prison_4823859_4408996.html

http://www.konbini.com/fr/tendances-2/porno-femmes-consommation-pornhub/

http://www.lalibre.be/lifestyle/magazine/revenge-porn-quelle-est-la-situation-en-belgique-55757708357032756271cbc3

http://next.liberation.fr/arts/2016/11/27/david-hamilton-le-voile-tombe_1531278

https://www.letemps.ch/culture/2016/11/26/david-hamilton-flou-artistique-jusquau-bout

http://solidaire.org/articles/j-ai-decide-de-me-faire-baptiser-nue

http://www.liberation.fr/debats/201…